Intelligence économique : l’information au cœur de l’entreprise. A paraître le mois prochain aux éditions Nuvis-CIGREF. Préface de Jean-François Pépin.

Lorsque Jean-François Phélizon, patron des éditions Nuvis, m’a demandé de publier une thèse écrite en 2002, je lui ai répondu spontanément : « mais c’est un collector !». De fait, j’avais déjà refusé l’offre de deux éditeurs, parce que beaucoup d’ouvrages ont été publiés depuis 1990 et que leurs auteurs (Achard et Bernat, Jacobiak, Allain-Dupré, Besson et Possin, Martinet, Harbulot, Moinet, Marcon, Masson, Bournois et Romani, et bien d'autres) ont écrit l’essentiel.

Mais Jean-François Phélizon n’est pas simplement éditeur. Il est lui-même un auteur reconnu  et un fin connaisseur des questions stratégiques. Il est également directeur général adjoint d’un grand groupe et à ces titres, sa vision et la valeur qu’il donne à ce travail m’ont décidé à accepter sa publication.

Il ne me paraissait cependant pas possible de publier en l’état, après dix années au cours desquelles l’intelligence économique a sensiblement évolué, même si  les fondamentaux restent à peu près les mêmes, pour reprendre son argument. Il a donc été conclu que j’effectuerai un élagage et d’opérer quelques mises à jour afin de rendre son contenu plus actuel, tout en conservant les éléments « historiques ».

Dix années d’observation, de réflexion et de recherche sur l’IE m’ont permis de comprendre en grande partie ce concept et ses pratiques, dans un monde qui n’a cessé d’évoluer. Dans un dernier chapitre inédit, je livre donc un bilan critique sur la période 2002 - 2012, apportant une réflexion personnelle tant sur les erreurs commises que sur son devenir face à la révolution numérique.

En évoquant l’émergence du management stratégique de l’infocom’, j’esquisse une vision d’avenir sur l’évolution d’une IE que j’ai sérieusement défendue mais qui est aujourd’hui, je crois, dépassée: « vingt ans après sa naissance, l’intelligence économique française est arrivée à un tournant. Devenue trop étroite faute de créativité, à la merci d’un paradigme guerrier qui n’offre pas d’issue raisonnable aux problématiques économiques et environnementales, elle se perd dans des pratiques de basse police et de barbouzes aux dépens de l’intelligence elle-même. Le moment est donc venu de passer au stade suivant de son évolution et de s’affranchir de ces pratiques barbares qui témoignent d’un autre temps. » (Extrait du dernier chapitre de l'ouvrage)

J’ai pu constater à quel point cette vision dérange les partisans du statu quo mais cela n’empêchera pas l’IE de passer au stade suivant de son évolution. A cet égard, la fermeture du master spécialisé IEMC du SKEMA, l'une des plus anciennes formation dans ce domaine et que j'ai eu l'honneur de diriger, pourrait être le signe du changement de paradigme que j'annonce depuis un an.