13 novembre 2008
Quand l'Etat externalise la surveillance de l'opinion
L'Etat français serait-il en train de privatiser le renseignement politique qui était jadis le rôle des Renseignements généraux?
Un singulier appel d'offre du ministère de l'éducation nationale et du ministère de l'enseignement supérieur, intitulé "Veille de l'opinion", pour un montant de 220 000 euros hors taxe, vient d'être publié au JO. On peut lire dans le cahier des clauses particulières, que la mission consiste notamment "à identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l'opinion, à repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte et analyse leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau (...) à alerter et préconiser en conséquence (...) La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne: sites "commentateurs" de l'actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc."
Il s'agit en l'état d'une véritable mise sous surveillance ouverte et officielle des personnels de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, qui n'est pas sans poser la question de sa légitimité démocratique. Que signifie en effet "repérer les leaders"? Qu'entend-on par "préconiser en conséquence? Quel usage fera-t-on de telles informations? Ces questions mériteraient une réponse digne du pays des droits de l'homme.
J'ai donc bon espoir que cet appel d'offre illustre non pas une volonté du gouvernement, mais une dérive de la part des personnes en charge de sa rédaction, et qui dans un moment d'égarement orwélien, se seront cru autorisées à mettre en péril le droit de chaque citoyen à s'exprimer librement.
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