Dailymotion : Arnault Montebourg a t-il eu raison ou tort ?
La décision de M. Montebourg au sujet de Dailmotion a donné une fois encore l’occasion de montrer à quel point le climat politique est électrique et partisan. Dans ce climat délétère où vérités et propagandes se fondent dans la réalité d’une crise mondiale sans précédent, il est impossible d’apprécier objectivement la décision de M. Montebourg. La personnalité de ce dernier et son jeu politique individuel, confirmé par l’absence de consensus gouvernemental, ne permettent pas d’apprécier pleinement l’acte d’intelligence économique qui a été commis.
On peut toutefois tenter de l’analyser à l’aune des paradigmes de l’IE que nous avons mis en évidence Nicolas Moinet et moi-même (lire notre article dans la revue Sécurité & Stratégie qui vient de paraître):
- Si l’on s’en tient à la théorie de la guerre économique, et en admettant que M. Montebourg détienne des informations que nous n’avons pas (obtenues pourquoi pas par des moyens d’IE ou de renseignement), sa décision, hors de toute instrumentalisation personnelle et politique, est sensée. Le logiciel officiel de M. Montebourg est, en effet, de lutter contre la destruction des emplois (les morts de la GE). Or, le paradigme de la guerre économique, et son corolaire le patriotisme économique, commandent de préserver le patrimoine national. Dans ce cas, M. Montebourg a raison.
- A contrario, si l’on se réfère au paradigme de la compétition économique, qui vise la prospérité par le jeu de la libre concurrence et la déréglementation des marchés sans considérations nationales, alors le rachat d’une partie de Dailymotion par Yahoo n’a rien d’anormal et M. Montebourg a tort.
On voit très bien les contradictions que fait naître cette décision au regard de l'intelligence économique dès lors que cette dernière est envisagée selon différents fondements idéologiques. Le fond gaulliste de la guerre économique s’oppose au néolibéralisme de la compétition, la logique de préservation des emplois à celle de la flexibilité, le contrat social au darwinisme économique…
En ce sens, la décision de M. Montebourg est un cas d'école et devrait amener, plutôt que des réactions épidermiques, une réflexion collective sur l'intelligence économique républicaine dans un contexte de domination ultralibérale.
Vers le management responsable de l'information et de la communication

Cet ouvrage retrace 10 années de réflexion sur l'intelligence économique. La préface est signée par Jean-François Pépin, secrétaire général du CIGREF.
En vous souhaitant bonne lecture!
« De l’espionnage au renseignement, la France à l’âge de l’information »
Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE:
"Votre travail est sans conteste le plus complet, le plus clair, le plus documenté qu'il m'ait été donné de lire sur le sujet (…) Tout y est, notamment un angle d'approche original, un cheminement du raisonnement lumineux, des démonstrations convaincantes et une compréhension du système "de l'intérieur", ce qui est rarissime."
Rémy Porte, blog Guerres et conflits:
"Une véritable synthèse en 350 pages. Le tour de force de l'auteur est peut-être aussi ici (…) l’esprit de synthèse de l’auteur et son style simple et direct, le choix de rédiger des chapitres courts allant à l’essentiel et la diversité des thèmes abordés permettent, en un nombre limité de pages, de faire un vrai « tour d’horizon » du dossier. Un livre à lire et à conserver comme outil de travail ou de référence."
Lire l’introduction et la table de matières ici.
Piège en eaux troubles
A lire, sur le site de Veille Magazine, le débat suscité par le reportage de l'émission LE MAG diffusée sur France 5, le 9 avril. Pour ceux qui ont loupé l'émission, le site de France 5 donne le ton: "Dans un monde sans frontières, les entreprises se livrent une guerre permanente. Avoir accès aux données stratégiques de ses concurrents est devenu aussi vital que d’apprendre à déjouer leurs attaques informatiques." S'ensuit un commentaire d'Alain Juillet: "Le renseignement est très important pour la survie de nos entreprises et de l’Etat. […] Aujourd’hui, nous sommes en guerre économique partout, dans tous les coins du monde, les uns contre les autres. On n’a pas d’alliés, pas d’amis : chacun veut développer l’emploi chez lui"...
Le reste du reportage est une sorte de long générique, comme le décrit très bien Nicolas Moinet. Une mise en scène à l'atmosphère volontiers dramatique, mais pas anormale pour ce genre d'émission, télévision oblige! Les eaux troubles le sont au regard de certains commentaires sur la guerre économique qui dénoncent l'ennemi tapi dans l'ombre, prêt à s'attaquer au patrimoine national. Elles deviennent limpides lorsque le directeur de l'ADIT décrit une IE française légale, morale... Elles sont presque lumineuses lorsque le délégué interministériel va dans le Morbihan pour sensibiliser un patron de PME aux risques de la mondialisation. Certes, l'image d'épinal se trouble lorsque le reporter évoque (brièvement) les barbouzes et les "affaires". Elle devient finalement terne lorsqu'il présente le quotidien des petites boîtes d'IE qui travaillent avec les PME.
Globalement j'ai trouvé ce reportage intéressant parce qu'il décrit un univers professionnel qui n'est pas aussi beau et propre qu'on voudrait bien le faire croire, mais qui n'est pas non plus totalement glauque et immoral. Les commentaires qu'il suscite montrent que la part d'ombre de l'IE n'est toujours pas assumée en dépit d'un discours toujours plus appuyé sur la guerre économique. On opposera donc au romantisme guerrier, prompt à citer Sun Tzu, le réalisme du champ de bataille avec cette phrase d'un héros de Sartre: "Moi j'ai les mains sales. Jusqu'aux coudes. Je les ai trempées dans la merde et dans le sang."
Faut-il assumer la guerre ou opter pour une autre voie? Voici la conclusion de mon commentaire: "Culture de l’espionnage et des coups tordus versus intelligence stratégique, les choses n’évolueront que si les dirigeants acquièrent eux-mêmes cette culture enviée aux Britanniques. Préférant dès lors une connaissance construite aux secrets volés, ils feront de la moindre information un avantage compétitif..."
Pour lire les commentaires sur le site de Veille Magazine
Présentation de l'émission sur le site de France 5
Regard critique sur la renaissance culturelle du renseignement français
En tant qu’auteur d’un article publié dans la revue Défense nationale (n°755, décembre 2012), j’ai participé hier à une conférence-débat sur le renseignement organisé par son rédacteur en chef. Ce fut l’occasion d’assister à l’une de ces manifestations qui marquent la renaissance intellectuelle du renseignement français. On ne peut évidemment que se réjouir de cet élan, après tant d’années de tragique désintérêt. Toutefois, j’entrevois dans cette démarche deux pièges dans lesquels il ne faudrait pas tomber.
Premier piège : une réflexion désordonnée
Le débat d’hier montre que tout le monde a beaucoup de choses à dire, chacun dans son domaine. C’est d’ailleurs ce qui fait la richesse du numéro thématique de la revue Défense nationale. Comme je l’ai montré dans mon ouvrage, le renseignement est un objet de réflexion multidimensionnel et donc pluridisciplinaire. Or, en l’absence d’une vision globale et cohérente, chaque discours n’est qu’une pièce isolée d’un puzzle improbable. Il faut par conséquent passer de la pluridisciplinarité à l’interdisciplinarité et avant toute chose, définir clairement l’objet « renseignement ». La polysémie du terme renvoie en effet à diverses interprétations sur lesquelles il conviendrait de s’accorder. Par exemple, réduire le renseignement à l’espionnage ou à la fonction secrète, comme le fait François Heisbourg, renvoie une vision exclusive et réductrice de la fonction connaissance et anticipation. Cet exemple montre que la réflexion sur le renseignement nécessite de revenir sur le concept lui-même, en acceptant l’évidence d’un profond changement du paradigme de l’information: désormais, la connaissance stratégique n'est pas le domaine exclusif des services de renseignement. Plus que jamais, le renseignement est l'affaire de tous!
Deuxième piège : se tromper d’objectif
Le renseignement, avant d’être un phénomène communautaire et un « outil » politique, est une fonction de production de connaissances stratégiques à finalité politique. Il y a par conséquent un risque évident à l’étudier exclusivement sous l’angle historique et politique des services. Si ces approches sont pertinentes, elles ne suffisent pas à résoudre l’équation complexe de l’intelligence stratégique et notamment l’acte cognitif central, de dimension collective, dont ne rendent compte que très furtivement les études sur le renseignement. Ces dernières ne doivent donc pas occulter l’impérieuse nécessité d’une recherche appliquée au renseignement, dont la finalité est l’élaboration et la validation de théories et de méthodes au profit de la production de connaissances.
Plus que la simple reconnaissance de son histoire et de sa culture, la communauté du renseignement, mais également les décideurs, ont besoin de modèles et d’« outils » pour affronter les défis auxquels ils doivent faire face au quotidien. Le principal objectif de la recherche est par conséquent de nature épistémologique. La DRM l’a très bien compris en lançant un appel d’offre, en novembre 2010, pour une étude sur les fondements épistémologiques du renseignement et de l'intelligence économique. En clair, le renseignement n’est plus ce qu’il était et ses bases théoriques, datant de plus d’un siècle, doivent faire l’objet d’une refondation.
En résumé, si les études sur le renseignement marquent une heureuse renaissance culturelle, elles ne doivent pas masquer la nécessité de rénover le concept lui-même grâce à la recherche appliquée. A défaut, les manifestations, à l’image de celle d’hier, atteindront vite la limite d’un entre soi sympathique mais, osons le dire sans détour, peu fertile.
J'appelle donc les chercheurs en SHS que cela intéresse, quelle que soit leur discipline (Infocom, sociologie, psychologie cognitive, linguistique, etc.) à réfléchir collectivement à un projet auquel pourraient être associés, pourquoi pas, de futurs doctorants issus de la communauté du renseignement. Vous pouvez me contacter via le lien de ce blog.
Brève histoire de la communauté française du renseignement (3e partie)
Dans la cour des grands
Le 10 juillet 1985, le Service action de la DGSE, sur ordre du pouvoir exécutif, coule le Rainbow Warrior dans le port d’Auckland, causant la mort d’un photographe. On connaît la suite, inutile donc de revenir sur les détails. L’affaire, très mal gérée par un pouvoir politique ambigu et a priori incapable d’assumer la fonction renseignement, est avant tout un échec notoire des services spéciaux. Elle met en évidence des dissensions internes (certains parleront même de sabotage interne) mais également et surtout une incompétence que la presse mettra en exergue (Les Pieds Nickelés à Auckland, planche de Cabu dans le Canard enchaîné, 21 août 1985). Le SA a développé une culture de l’action clandestine violente héritée du SOE britannique et perpétuée durant la guerre d’Algérie. Sa signature est l’explosif, par nature peu discrète et de facto difficile à assumer tant elle peut être comparée aux méthodes terroristes. En résumé, la DGSE souffre d’un tropisme paramilitaire aux dépens d’une approche civile du renseignement extérieur.
Après quatre années de mort cérébrale, le service est réveillé par la nomination d’un directeur issu de la préfectorale. Claude Silberzahn, en haut fonctionnaire maîtrisant la bureaucratie de l’Etat, entreprend une réforme visant la « démilitarisation » du service au profit d’un profond changement de culture qui doit permettre son intégration dans les rouages de l’Etat.
Arrêtons-nous un instant sur le terme « démilitarisation ». Souvent employé, il masque une réalité plus complexe de la sociologie de la DGSE. Certes, les luttes de pouvoir internes opposent militaires et civils, mais pas seulement. Gaullistes contre socialistes, Direction du renseignement contre Direction des opérations, sans compter les querelles individuelles, claniques et pour tout dire, courtelinesques (voir la lutte pour l’obtention des postes à l’étranger), la DGSE est une véritable « pétaudière » dont souffrent principalement le personnel et, bien entendu, l’efficacité du service.
Le véritable enjeu auquel s’attaque Silberzahn, c’est une révolution culturelle qui vise la transformation des services spéciaux en une administration au service de la politique nationale. Il s’agit de passer d’une culture de l’aventure et de l’action, incarnée par les baroudeurs « paramilitaires » du SA, à une culture de service public, incarnée par une administration intégrée aux rouages du pouvoir exécutif.
En définitive, la réforme de Silberzahn conduit la DGSE vers un modèle technocratique, certes moins romantique, mais susceptible de s’intégrer au processus de gouvernance nationale : moins de violence, plus d’intelligence, c’est en substance ce qui ressort de cette réforme, avec notamment la création d’une direction de la stratégie dirigée par des diplomates.
Comme tout changement de nature culturelle, la transformation sera longue. Silberzahn mise sur le renouvellement du personnel via le recrutement accéléré de jeunes diplômés des grandes écoles. En élevant le niveau d’études du personnel, il est en phase avec l’évolution de l’économie de la connaissance. De fait, le pari sera payant à long terme, la DGSE s’élevant progressivement au niveau de ses homologues anglo-saxons en matière de capacité d’analyse, tandis que les fonctionnaires affectés proviennent d’autres administrations comme les Affaires étrangères, la Justice ou l’Intérieur. Le coup de génie de Silberzahn réside dans ce brassage intelligent qui entraînera progressivement la dilution d’une monoculture héroïsante (et fantasmée) dans une interculturalité plus fertile.
Cette réforme s'inscrit dans un processus plus large qu’entreprend Michel Rocard, conseillé par le préfet Rémy Pautrat, avec l’accord désabusé de François Mitterrand. Il s’agit de s’attaquer au chantier global du système national de renseignement, la DGSE n’étant qu’un des rouages d’une machine qui peine à avancer. Considérant que le problème du renseignement est avant tout d’ordre structurel, Rocard lance le comité interministériel du renseignement dans le but d’élaborer un plan national de renseignement.
La guerre du Golfe, qui mobilise les services dès l’été 90, va entraîner une accélération de cette réforme. Elle met en évidence une erreur d’appréciation de Rocard. En effet, l’évolution structurelle ne suffit pas, il faut aux services des moyens qu’ils n’ont pas. La guerre du Golfe sera l’occasion de mettre en lumière cette faiblesse pourtant connue depuis longtemps. On a beaucoup glosé sur l’inefficacité du renseignement français durant cette guerre. La réalité mérite pourtant d’être nuancée et sans doute a-t-on tactiquement sacrifié l’image des services au profit d’une réforme en leur faveur…
De fait, 1992 marque la création de la Direction du renseignement militaire, de la Délégation aux affaires stratégiques, de la Brigade de renseignement et de guerre électronique, du commandement des opérations spéciales. On assiste à l’éclosion d’une nouvelle communauté du renseignement, cette fois-ci sur la base d’une volonté politique forte, assumée et non partisane. A cela s’ajoute une révolution technologique notamment avec l’avènement du renseignement spatial.
Désormais, la France joue dans la cour des grands. Le politique a misé gros sur sa capacité d’anticipation, comme le souligne le livre blanc sur la défense de 1994 qui considère le renseignement comme « une fonction essentielle de la stratégie de défense »…
(à suivre)
Brève histoire de la communauté française du renseignement - Deuxième partie
Flash back sur la préhistoire du renseignement français
Comme je l’ai évoqué dans la première partie, la communauté du renseignement est née dans le chaudron d’une histoire tourmentée. La propagande gaulliste n’hésite pas à faire table rase sur une histoire reniée, condamnant à l'oubli les officiers loyalistes qui ne furent pas pour autant des collaborateurs, bien au contraire (lire Paillole).
Ainsi, contrairement à ce que prétendent nombre d’essayistes ignorant les travaux des historiens Sébastien Laurent et Olivier Forcade, les services de renseignement militaires (SR-SCR) atteignent dans l’Entre-deux-guerres un savoir-faire et une efficacité qu’il semble difficile de nier. Les témoignages de Paillole, Navarre, Nord, corroborés par ces historiens, suffisent à s’en convaincre.
En fait, c’est tout un pan de l’histoire française du renseignement qui subit l’épuration idéologique gaulliste. Ce travail fait, on n'en retient que l’affaire Dreyfus qui certes, fut le premier grand raté de l’histoire du renseignement au regard de son instrumentalisation politique et de ses conséquences nationales. Ce qu’on oublie de dire, c’est que cette triste affaire contribua finalement à reconstruire le système de renseignement français sur des bases saines. Il se distingue d'ailleurs durant la Première guerre mondiale. Durant l'Entre-deux-guerres, la communauté française du renseignement, née en 1871, se renforce et perpétue l'héritage d’une lignée remontant à 1688 (le Dépôt de la guerre de Louvois).
Voici quelques-uns de ses membres les plus illustres : Lewal, Samuel, Cuvinot, Freycinet, Dupont, Painvin, Schlesser, Ladoux, Paillole, Navarre, Nord… Les oublier ou pire, les ignorer, reviendrait à amputer la communauté française du renseignement de racines profondes dont elle peut s'honorer.
On soulignera au passage la richesse intellectuelle (relative mais réelle) de cette période protohistorique : le premier manuel date de 1880 (Lewal), suivi des essais de Carrias, d’Esclaibes, et des travaux de l’Ecole de guerre. Une thèse sur l’espionnage en droit international est soutenue et publiée en 1888 (Colonieu). Elle sera suivie d’une dizaine d’autres jusque dans les années trente. La première école de renseignement officielle est créée en 1936… Quant à la littérature d'espionnage, elle contribue à diffuser une culture dont De Gaulle soulignera dans ses mémoires l'influence qu'elle a exercé sur la jeunesse pour le recrutement des futurs agents secrets.
En résumé, la communauté française du renseignement d’avant-guerre existe et bénéficie d’un substrat culturel, toutes proportions gardées, y compris dans les milieux universitaires. Le problème n’est donc pas lié à ses compétences, mais plutôt à sa double déconnexion de la hiérarchie militaire et du milieu politique. Car en dépit de son efficacité et de sa popularité, elle ne parvient pas à faire entendre sa voix à des dirigeants manquant singulièrement de culture stratégique (pour les politiques) ou informationnelle (pour les militaires). Résultat, des sources du même niveau, voire plus importantes que Farewell (considérée comme la source du siècle) furent traitées par le Deuxième Bureau mais non exploitées par les décideurs. On pense notamment à Hans-Thilo Schmidt qui livra non seulement les plans de guerre d’Hitler mais également les données de la machine Enigma sur laquelle repose en grande partie la victoire alliée contre l’Allemagne.
Bien que certains éléments de cette communauté aient rejoint les services spéciaux après guerre, la mémoire et l’esprit d’avant-guerre ont été victimes d’un travail de sape qui les a condamnés à l’oubli. La suite, racontée dans la première partie, montre le risque qu’il y a de couper politiquement la communauté du renseignement de ses racines profondes : on la condamne à revivre ses erreurs de jeunesse puis à pourrir de ses luttes partisanes au lieu de la laisser grandir et s’enrichir de son expérience.
(A suivre...)
Brève histoire de la communauté française du renseignement - Première partie
Le prochain Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale est en préparation. Il s’inscrit à la suite de ses prédécesseurs (1972, 1994, 2008) dans un exercice de réflexion stratégique indispensable à la définition des axes de la défense et de la sécurité nationales. Absent en 1972, le renseignement a gagné du terrain au fil du temps. En 1994, le livre blanc entérinait la réforme de 1989-1991 qui avait vu la création du CIR, de la DRM, de la DAS, marquant l’entrée du renseignement français dans la culture politique. De cette réforme a sans doute née la communauté actuelle du renseignement que le livre blanc 2008 portera sur les fonds baptismaux.
Je vous propose une brève histoire de cette communauté, avant d'évoquer les perspectives qui s'ouvrent à elle.
Première partie: La gestation (1946 - 1991)
Fruit des amours contre nature de la guerre et du colonialisme, le renseignement français moderne (1946-1991) cultive l’héritage de la Résistance caractérisée par l’action clandestine, de préférence violente (la Main rouge, lire notamment Melnik), l’aventure coloniale et les réseaux parallèles (Foccart, les barbouzes, et l’inquiétant Stay Behind). Les ancêtres de la communauté à venir constituent un ensemble hétérogène de patriotes, gaullistes ou socialistes, d’aventuriers, de voyous plus ou moins blanchis sous le harnais de la Résistance et des amitiés indéfectibles qu’elle a fait naître, enfin de militaires formés au SOE britannique, héros de la guerre secrète qu’ils entendent perpétuer pour l’honneur, le sport et l’adrénaline (ce sera le service action). Les gênes sont là, préfigurant un système de renseignement capable du meilleur comme du pire, épris de romantisme, en quête d’héroïsme et toujours tenté par l’exploit (Le Roy Finville, Maloubier). A l’heure où la CIA et le MI6 affrontent le KGB et le GRU sur le théâtre exigeant de la guerre froide, le SDECE roule tranquillement sa bosse en Afrique, perpétuant un savoir faire pas toujours bien adapté et donc condamné à s’appauvrir, jusqu’à faillir.
De fait, marquée par les affres d’une gestation difficile (affaires Ben Barka, Greenpeace, Beyrouth…), la communauté du renseignement hérite d’une tradition qui n’est pas en phase avec la réalité stratégique du moment. Elle est tellement décalée et arriérée que les dirigeants politiques ne peuvent lui reconnaître un statut comparable à ses homologues anglo-saxons. Seule la DST peut prétendre servir le « grand jeu », comme le montre l’affaire Farewell. Quant aux militaires, vidés de la substance acquise dans la première moitié du XXe siècle, anéantis par l’histoire gaulliste qui construit le mythe de leur incompétence, enfin victimes de l’exclusion du renseignement dans la pensée stratégique des officiers généraux (lire le regretté Coutau-Bégarie), ils concentrent leur misère au sein du microscopique CERM créé en 1976 et qui, en dépit de moyens ridicules, parvient néanmoins à coordonner et exploiter, directement ou indirectement, l’activité des unités de renseignement mises en œuvres au sein des forces (SIP, SIPG, 13e RDP, Cdos Hubert, DAT, CRAX, CIRG, SARRIGUE, MMFL, 54RT, 44RT, …). On n’oubliera pas la DPSD qui hérite de la tradition de triste mémoire de la sécurité militaire et qui, au sein de cette communauté, apparaît plutôt comme un service de flicage victime d’espionnite aiguë, en rien comparable à ses lointains cousins et seigneurs de la DST.
En résumé, la communauté naissante est un ensemble de fratries hétérogènes, à l’image de la Gaulle des temps anciens, sans réelle unité, d’une médiocrité certaine en dépit d’une bravoure reconnue et d’exploits légendaires (syndrome d'Alésia). La connaissance produite est embryonnaire et pour tout dire, peu sérieuse (lire Melnik, Laurent, Rocart).
(A suivre...)
Pour une lecture détaillée : De l'espionnage au renseignement, La France à l'âge de l'information, Vuibert, 2012
McKinsey et le Social Intelligence
Pour illustrer mon précédent billet sur l'anti-culture et l'illettrisme, voici un exemple assez concret des théories modernes d'analyse que je développe par ailleurs depuis 2002 (lire mes travaux) et que j'enseigne dans mon programme de master "Management de l'information et communication digitale" à l'ISC Paris.
Dans un article du 13 février paru dans Techonomy Media, McKinsey développe le concept de "Social Intelligence", entendu ici comme le renseignement sur les médias sociaux. Les auteurs montrent comment cette activité nous emmène au-delà du modèle classique de renseignement. Sans doute faut-il que cela vienne de McKinsey pour qu'on y accorde quelque importance, et l'on ne peut que s'en réjouir si cela fait avancer les choses, à ceci près que l'ensemble des éléments développés dans cet article est traité, à l'exception d'un léger effet marketing, dans la littérature académique.
Je vais donc faire une exception en publiant quelques diapos extraites d'un cours sur l'analyse d'information enseigné à l'ISC, à l'ADBS et à l'INHESJ:
L'introduction évoque l'évolution de l'univers décisionnel et son impact sur les enjeux de l'analyse. Les deux suivantes sont extraites des méthodes et techniques d'analyse de médias sociaux. J'ai introduit depuis 2002 la notion d'analyse événementielle qui prend le pas sur l'analyse factuelle en raison du phénomène d'hypermédiatisation.
Les choses sont évidemment plus compliquées que ne le laisse supposer l'article de McKinsey, dominé par une technophilie qui ne résoud pas la question du sens. La dernière diapo montre les deux aspects de l'approche analytique: technique (le réseau) et humain (le contenu et les intentions). Ceci amène une réflexion épistémologique (Oups! Un gros mot savant!) sur la nature de la connaissance produite et ses conséquences sur les représentations mentales de l'analyste et du décideur... S'ensuit évidemment une approche sociocognitive (Aille!) de l'infoconnaissance, illustrée bien entendu par des cas concrets (analyse d'accidents industriels notamment)... Le tout s'appuie sur des articles publiés dont la lecture reste simple (ce qui se conçoit bien...).
La DGSE recrute
Paru au JORF n°0041 du 17 février 2013:
ARRETE Arrêté du 13 février 2013 autorisant au titre de l'année 2013 l'ouverture d'un concours interne et d'un recrutement sur titres et sur épreuves de sélection pour l'accès à l'emploi d'attaché à la direction générale de la sécurité extérieure
Par arrêté du ministre de la défense en date du 13 février 2013, est autorisée au titre de l'année 2013 l'ouverture d'un concours interne et d'un recrutement sur titres et sur épreuves de sélection pour l'accès à l'emploi d'attaché à la direction générale de la sécurité extérieure. Le nombre total des places offertes aux deux recrutements est fixé à 24. Ces places sont réparties de la manière suivante :
― concours interne : 12 ;
― recrutement sur titres et sur épreuves de sélection : 12.
La date limite de retrait des dossiers de candidature est fixée au 3 mai 2013, terme de rigueur.
La date de clôture des inscriptions est fixée au 31 mai 2013, terme de rigueur.
Les candidats déclarés admissibles au concours interne devront remettre au bureau des concours et des examens professionnels, dans un délai d'environ quinze jours après la signature de l'arrêté d'admissibilité, leur dossier de reconnaissance des acquis de leur expérience professionnelle (RAEP) en six exemplaires.
La date exacte de remise des dossiers RAEP sera précisée ultérieurement aux candidats.
Les dates des épreuves d'admissibilité du recrutement sur titres et sur épreuves de sélection sont fixées aux 3 et 4 octobre 2013.
La date de l'épreuve d'admissibilité du concours interne est fixée au 3 octobre 2013.
La composition du jury et de la commission d'aptitude, les listes des candidats admis à concourir ainsi que l'ensemble des arrêtés composant la procédure feront l'objet d'arrêtés du ministre de la défense qui ne seront pas publiés au Journal officiel de la République française.
Les candidats seront convoqués par le service de l'administration des ressources humaines de la direction générale de la sécurité extérieure, en temps opportun, pour subir les épreuves. Toutefois, le défaut de réception des convocations n'engage en aucune façon la responsabilité de l'administration.
Les lauréats devront accepter l'affectation qui leur sera notifiée au moment de leur nomination en vue de leur prise de fonctions. Ils seront réputés renoncer au bénéfice du concours s'ils ne rejoignent pas leur poste dans le délai qui leur sera imparti au moment de la notification d'affectation.
Nota. ― Pour tout renseignement ou acte de candidature, les candidats peuvent contacter le bureau des concours et des examens professionnels :
― par courrier : ministère de la défense, BP 40, 75960 Paris 20 PDC ;
― par téléphone : 01-42-19-34-90 (postes 63625, 64286).






