SoWhat? Analyser - Comprendre - Décider

Le retour redouté des jihadistes en Europe (deuxième partie)

Comme on l’a vu dans la première partie, le plan anti-jihad du gouvernement français est inefficace. Dans une logique d’engagement et d’escalade, cet échec conduit non pas à une remise en question de la politique gouvernementale, mais à son renforcement pour préparer l’étape suivante : le retour de la terreur sur le sol national, justifiant par avance la mise en œuvre de mesures d’exception...

La croisade d’Obama ou comment galvaniser le jihad

La coalition que le président Obama met en place pour frapper l’EIIL peut-elle déclencher à coup sûr le retour des jihadistes ? Répondre par l’affirmative reviendrait à « crier victoire » un peu vite. La nouvelle aventure militaire occidentale au Moyen Orient repose sur le présupposé d’une armée islamique incarnée par l’EIIL. Une fois de plus, l’ennemi semble parfaitement identifié, comme ce fut le cas au Mali. A la différence près que le Mali est un désert et que la Syrie et l’Irak sont fortement urbanisés.

De fait, bien que parfaitement identifiés, les jihadistes savent se fondre dans la population en cas de besoin. Il ne faut pas croire que, pour un jihadiste de l’EIIL, porter un uniforme soit une obligation conventionnelle. Ce serait méconnaître la culture guerrière de ces groupes. Il y a donc tout lieu de penser qu’en cas de frappes aériennes, et passé le moment de surprise, les jihadistes changeront de tactique et deviendront difficilement repérables, appelant un engagement au sol. C’est au demeurant ce qu’ils appellent de leurs vœux afin d’assoir le socle du califat. La bataille contre les « croisés »  n’est-elle pas le but de cette revanche historique de l’Islam contre la Chrétienté ? Quant au ralliement des pays du Golfe et du royaume saoudien, quoiqu’hypothétique, ne fera que nourrir la haine des « puristes » à l’encontre des « apostats ».

Entre cancer et chaos

Une fois de plus, face à l’emballement politico-médiatique, il faut rester prudent et ne pas partir la fleur au fusil.

Deux conséquences peuvent en effet être envisagées :

- la première est que, loin de déclencher un retour des combattants, la coalition risque au contraire d’amplifier le mouvement des départs. On mesure au passage l’ineptie de la proposition d’Aymeric Chauprade, qui se voit déjà ministre de la défense de Marine Le Pen, de charger la DGSE d’éliminer les jihadistes sur place (est-ce bien sérieux ?). 

- la seconde, c’est le retour du terrorisme sur notre sol. En effet, si jusqu’à présent l’EIIL s’est contenté d’une guerre locale, sa stratégie pourrait évoluer pour faire fléchir la volonté de ses adversaires. Pour cela, rien de mieux que contraindre l’opinion à faire volteface au moyen d’attentats perpétrés sur le territoire national.

Visiblement, avec la stratégie du choc (des civilisations, de croissance, de compétitivité), la théorie du chaos est devenu le paradigme par défaut de la politique internationale et accessoirement de la sécurité publique. En effet, depuis 1990, c’est avec une incroyable constance que les Etats occidentaux, Etats-Unis en tête, mènent une politique destructrice, que ce soit au bénéfice de l’idéologie néolibérale ou sous la pression du néoconservatisme, mais toujours, a contrario, aux dépens de la paix, des libertés individuelles et de la démocratie. Cette nouvelle croisade ne devrait pas faire exception.

Monsieur Obama a raison : l’EIIL est un cancer. Mais comme toute cancer, il trouve ses origines dans le déséquilibre d’un corps fragile. En ce sens, le traitement de l’EIIL est certes nécessaire, mais il serait illusoire de croire que son hypothétique éradication résoudra le problème de fond et ramènera l’harmonie dans le monde.

 

 

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Le retour redouté des jihadistes en Europe (première partie)

Bien que les chiffres ne puissent être formellement établis, le ministre de l’intérieur estime aujourd'hui dans le JDD, à 930 le nombre de français partis au jihad en Syrie et en Irak, soit une augmentation de 370% depuis le début de l’année et 265% depuis la mise en œuvre du plan anti jihad au mois de mai. Propagande sécuritaire ou constat d’échec ?

Lorsque le ministre de l’intérieur déclare officiellement que 930 ressortissants français sont partis en Syrie rejoindre les rangs de l’EIIL, on est tenté de le croire. Mais alors, quid du plan anti-jihad qui nous a été présenté en mai comme le fer de lance de la politique de sécurité du gouvernement et de la nouvelle DGSI ? Ce plan visait notamment à resserrer les mailles du filet pour empêcher le départ des candidats au jihad. Il se faisait fort d’interdire les sites de propagande jihadistes, connus pour leur rôle dans l’endoctrinement individuel (lire notamment cet article : http://communicationorganisation.revues.org/3938). On se souvient que les experts avaient émis de sérieux doutes sur l’efficacité d’une telle mesure. Au bilan, si l’on se base sur des chiffres officiels dont on il est impossible d’évaluer la fiabilité (Manuel Valls annonçaient 250 jihadistes en janvier tandis que Laurent Fabius avançait le chiffre de 500), c’est une augmentation de 372% des départs qui a été constatée depuis six mois et, ramené aux chiffres de mai, de 265%.

Un cautère sur une jambe de bois

Comme je l’avais écrit dans un article précédent, le plan de lutte contre le jihad ne peut se résumer à des mesures strictement sécuritaires qui ne présentent qu’une rare efficacité. On pourra toujours arguer que la DGSI se démène et qu’elle parvient à empêcher une partie des départs, cela reste une stratégie perdante. Quand un récipient fuit comme une passoire, il est illusoire de vouloir boucher les trous. La France est un pays de liberté où chacun circule librement. L’espace Schengen est également une zone de libre circulation. La structure même de l’espace démocratique européen ne permet pas d’envisager la fermeture des frontières vers l’extérieur. La situation est en réalité inédite et parfaitement  incontrôlable.  

C’est dire l’improbabilité du discours politique qui prétend pourtant seulement freiner le départ des candidats au jihad. Les chiffres officiels sont là pour le confirmer. On ne peut certes pas critiquer le gouvernement sur sa volonté de lutter contre ce phénomène. Mais comme je l’écrivais déjà en mai (lire l’article Le vrais priorité de la DGSI), la stratégie choisie est irréaliste parce qu’elle repose sur un refus de concevoir le problème dans son cadre sociétal.

Un problème de fond

Les candidats au jihad sont avant tout des musulmans originaires du Maghreb, donc issus de l’immigration et vivant dans les banlieues. Qu’on le veuille ou non, ces critères doivent être pris en compte, et ce n’est pas la mise en avant de quelques convertis qui donnera le change, tel l’arbre cachant la forêt. En outre, on peut toujours arguer que ce sont des sociopathes nourris de jeux vidéo, mais cela revient à ignorer que des familles entières partent en Syrie comme en terre promise. C’est également ignorer le dégoût et l’écoeurement qu’expriment ces individus et ces familles à l’encontre de la société française, européenne et occidentale. Or, cet écoeurement est ressenti par une part croissante de la population. Il n’est qu’à regarder les sondages pour s’en rendre compte. Finalement, le problème des jihadistes est double : d’une part l’impossible intégration d’une population immigrée mal accueillie parce que trop nombreuse, et d’autre part, la perte de crédibilité du pouvoir politique, économique et médiatique face au credo néolibéral. On ne voit donc pas comment la DGSI pourrait être le fer de lance de la lutte anti-jihad face à un problème de cette nature... C’est un peu comme vouloir jouer au foot uniquement avec le gardien de but. Au demeurant, je persiste et signe, les vraies priorités de la DGSI ne s’arrêtent pas au problème des jihadistes. Il est donc vraisemblable que les fonctionnaires de ce service soient sous pression mais qu’ils ne pourront le rester ad vitam. Le propre d’une stratégie est de s’inscrire dans la durée et donc de ménager les ressources. L’épuisement des fonctionnaires de la DGSI relève de la tactique, voire de l’instrumentalisation politique. A terme, ils se révéleront inefficaces et on leur reprochera.

L’hypothétique retour : vers une stratégie sécuritaire globale ?

Car si le « rêve jihadiste » se brise, le retour de quelques centaines d’idéalistes frustrés risque d’être problématique. Faut-il pour autant verser dans le discours apocalyptique ? On distingue en effet, dans l’évocation de ce retour par nos responsables politiques, une ère de chaos et de terreur qui justifierait à n’en pas douter un régime d’exception, sorte de Patriot Act à la française qui permettrait au passage de lutter contre une éventuelle « insurrection qui vient »... Le tableau est singulièrement noirci, rejoignant la propagande sécuritaire des néoconservateurs américains. A noter tout de même un début d’inflexion dans le discours du ministre de l’intérieur. En effet, comme je l’avais annoncé dans un précédent billet, tous les jihadistes de retour du front ne sont pas tentés de poursuivre dans la voie de la violence. Une bonne partie d’entre eux, reconnaît aujourd’hui Monsieur Caseneuve dans le JDD, sont dégoûtés par les horreurs commises sur place et n’envisagent pas d’y retourner.

Mais le « rêve jihadiste » peut-il être brisé aussi facilement ?

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Dieudonné : un feu de paille politico-médiatique ?

L’analyse des métadonnées Youtube montre que le « phénomène Dieudonné » est directement lié à son instrumentalisation politique. Dès lors qu’en novembre 2013, le Premier ministre puis le Président de la République, suivis par la classe politique et relayés par les médias, se sont attaqués nommément à l’humoriste-militant Dieudonné Mbala Mbala, celui-ci a bénéficié d’une médiatisation exceptionnelle, comme le montre la courbe ci-dessous. Le succès de ses vidéos est directement lié à ce succès médiatique. En donnant une tribune à l’humoriste, le pouvoir exécutif est entré dans son double-jeu, faisant l’objet d’un procès en dérision tout en favorisant les thèses du militant antisioniste. En outre, la polémique sur le geste de la quenelle, défendu par Dieudonné et ses fans comme une geste antisystème, mais interprété par ses adversaires, notamment le CRIF et la classe politico-médiatique, comme un geste antisémite, a fait de lui une victime d’un système qu’il dénonce. Le fossé s’est ainsi creusé, faute de débat, entre radicaux des deux bords.

Dieudonné courbe

Laisser retomber le soufflé

L’agenda médiatique évoluant, on note un retour à une situation « normale », voire à une perte progressive de vitesse due pour l’essentiel, selon notre hypothèse et au vu des commentaires, au discours répétitif de l’humoriste-militant considéré comme moins drôle au fil des vidéos. Son concept humoristique particulièrement décapant a même, en maintes occasions, entraîné une franche réprobation de son « cyberpublic », comme le montrent le bide de la vidéo intitulé « Feu Foley », dédiée au journaliste présumé décapité par l’EIIL, ou encore la réponse à la mère d’Ilan Halimi, jeune juif torturé et assassiné par le gang dit « des barbares ».

De fait, l’exercice de la vidéo-chronique sur Youtube est voué à l’étiolement d’un public toujours en quête de nouveaux divertissements.

Une fois de plus, cet épisode prouve que l’instrumentalisation médiatique basée sur la polémique engendre un buzz a priori contre-productif pour le pouvoir politique (principe de la guerre informationnelle asymétrique). Au mieux, on peut supposer que l’épisode entraîne une overdose de « spectacle » et accélère la perte de vitesse consécutive à la lassitude des internautes. Au pire, l’instrumentalisation de Dieudonné Mabala Mbala l’aura institué, en plus de son credo antisioniste, emblème de la lutte antisystème, faisant accessoirement le lit de l’antisémitisme et du conspirationnisme. Il sera intéressant de suivre son évolution pour confirmer l’une de ces deux hypothèses.

La question de fond

Il reste que Dieudonné Mbala Mbala, et avec lui Stéphane Guillon et Didier Porte, posent la question des limites de l’humour dans une société devenue particulièrement sensible à certains propos et une classe politique de moins en moins encline à rire d’elle-même. Il est clair qu’extraits de leur contexte, certains propos de Dieudonné sont de nature antisémite et subversifs. Il est vrai qu’il manie l’ambiguïté et la provocation à un degré rarement atteint, au point de faire douter, ce qui est l’objet même de la subversion. Douter certes, mais de quoi et dans quel but ? La question, faute d’un débat dépassionné, ne trouve pas de réponse objective. Dès lors, Dieudonné doit-il renoncer ou bien doit-on accepter l’humour à n’importe quel prix, comme ce fut le cas pour les caricatures de Mahomet ? Existe-t-il désormais des domaines plus interdits que d’autres ? C’est au demeurant la question de cette différence de traitement qu’il pose au sujet des noirs et de l’esclavage.

Desproges, dont on se rappelle l’humour décapant, disait lui-même qu’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. A contrario, ne faut-il pas se méfier de l’obscurantisme tapis dans l’ombre des gardiens du politiquement correct ? Dans le Nom de la rose d’Umberto Eco, le vieux Jorge  mange les pages empoisonnées d’un ouvrage d’Aristote dédié au rire, arguant devant Guillaume de Baskerville que certes, « le rire est la faiblesse, la corruption, la fadeur de notre chair. C’est l’amusette pour le paysan, la licence pour l’ivrogne, même l’Eglise dans sa sagesse a accordé le moment de la fête, du carnaval, de la foire, cette pollution diurne qui décharge les humeurs et entrave d’autres désirs et d’autres ambitions…Mais ainsi le rire reste vile chose, défense pour les simples, mystère déconsacré pour la plèbe (…) Tapant alors du poing sur la table, le vieux Jorge fulmine,s’emporte et déclare au sujet d’Aristote : « Mais ici on renverse la fonction du rire, on l’élève à un art, on lui ouvre les portes du monde des savants, on en fait un objet de philosophie, et de perfide théologie… Tu as vu hier comment les simples peuvent concevoir, et mettre en œuvre, les plus troubles hérésies, méconnaissant les lois de Dieu et de la nature. »

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Le renseignement au service du Prince : un point de vue machiavélien

L’une des dérives les plus perverses d’un système de renseignement est celle de la soumission ou de la connivence qui peut s’instaurer entre la direction d’un service de renseignement et le pouvoir exécutif, autrement dit le Prince, selon l’expression de Nicolas Machiavel. Elle se traduit par des phénomènes de filtration hiérarchique et d’autocensure conduisant à l’illusion d’une vision stratégique potentiellement erronée. Paradoxalement, s’agissant d’un phénomène inhérent aux grandes bureaucraties, l’apparition de ce type de dérives est le signe que nos services sont bien entrés dans l’ère technocratique.

A l’origine de la dérive de type soumission/connivence, on identifie deux types de relations non exclusives : la première repose sur un pouvoir exécutif fort imposant son point de vue sans discussion (tyrannie), la seconde sur une alliance cognitive fondée sur un tissu complexe d’amitié, d’esprit de corps, de respect hiérarchique et d’opportunisme politique. Les deux renvoient potentiellement aux conditions initiales de l’effet Janis ou pensée groupale. Ce phénomène consiste à réfléchir à l’unisson en ne tenant compte que des informations et des analyses allant dans le sens du point de vue défendu. L’effet Janis émerge directement dans le cercle décisionnel où il verrouille le sens critique, favorise l’autocensure, entraînant une illusion d’unanimité, de vérité, de bon droit, de puissance et d’invulnérabilité. Dans la mesure où il rejette toute information jugée non conforme au modèle défendu, il interdit toute remise en question et peut ainsi conduire aux pires catastrophes décisionnelles.

La révolution culturelle du renseignement français

Jusqu’à Nicolas Sarkozy, le renseignement était culturellement dédaigné voire méprisé par le pouvoir exécutif. Il s’ensuivait un désintérêt général des politiques à l’égard de la production des services. Cette posture, au demeurant regrettable, avait pour avantage de ne prendre aucun risque sachant que « l’arme du renseignement » est d’un maniement difficile et à double tranchant, comme l’ont montré un certain nombre d’affaires.

La situation a commencé à changer avec Nicolas Sarkozy dont la décision de renforcer le système de renseignement traduisait une volonté de s’en servir. La question se posa alors : s’en servir pour quoi faire ? La réponse tient tout à la fois de la culture stratégique du Prince et de son goût pour les affaires politiques et les relations internationales. C’est ici que le principe de continuité entre renseignement intérieur et extérieur, énoncé par le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, était susceptible d’atteindre une limite. On sait par exemple que Nicolas Sarkozy, qui avait été ministre de l’intérieur, avait une prédilection pour le renseignement intérieur alors qu’il entretenait une certaine distance vis-à-vis de la DGSE et plus encore de la DRM.

Avec François Hollande, les choses ont encore évolué et on peut légitimement penser que la DGSE  et la nouvelle DGSI, mais également la DRM (bien qu’elle soit subordonnée  à l’état-major des armées), ont trouvé une grâce égale aux yeux du président de la République.

En ce sens, on peut dire que le renseignement français, après une jeunesse difficile, est entré sinon dans l’âge d’or, du moins dans l’âge adulte.

Le renseignement est un outil original, mais pas exclusif

En tant qu’outil de décision et d’action politiques, le renseignement repose théoriquement sur la production d’informations neutres et fiables, issues de sources originales humaines ou technologiques, assorties d’une analyse et d’un commentaire. En toute logique, la DGSE et la DGSI doivent produire des synthèses destinées à éclairer le pouvoir exécutif grâce à des informations qu’il n’est pas censé lire dans la presse. De ce fait, ces synthèses doivent (toujours en théorie) être produites sans autre souci que celui d’établir la réalité des situations politiques (DGSI), géopolitiques (DGSE) et militaire (DRM) ainsi que des menaces afférentes. On pourrait résumer ainsi le credo des services : la sécurité nationale et grandeur de la France avant tout, que cela plaise ou non.

Cependant, cette posture implique la rigidité d’un modèle de gestion de la sécurité qui n’est pas adapté à la réalité complexe des jeux d’acteurs, que ce soit en politique intérieur, vis-à-vis des intérêts économiques ou dans les relations internationales. Dès lors, on ne peut espérer (et c’est quelque part une bonne chose) que l’exécutif conduise sa politique sur la seule base des renseignement obtenus. D’abord parce qu’ils sont généralement incomplets et qu’ils peuvent être faux, ensuite parce que d’autres producteurs d’information et de connaissances entrent en ligne de compte (notamment les instituts d’étude stratégique), enfin parce que des groupes de pression et d’influence agissent en sous-main (presse, groupes politiques, ONG, think tanks, influenceurs). En somme, pour paraphraser Clémenceau, l’information stratégique est une chose trop sérieuse pour être confiée aux (seuls) services de renseignement.

Plaire au Prince et assurer ses arrières

Le système de renseignement se trouve ainsi confronté à une concurrence d’autant plus forte qu’elle bénéficie d’une médiatisation très large agissant sur l’opinion publique. Or, toute bureaucratie, même qualifiée de spéciale, défend des enjeux budgétaires et carriéristes qui pèsent directement sur l’avenir des services. Produire à contre-courant de la doxa politico-médiatique, c’est prendre le risque de s’isoler et, celui de se tromper n’étant pas exclu, de se discréditer. Là comme ailleurs, le pire des torts est d’avoir raison contre tous...

Ajoutons à cela le risque toujours présent de déplaire au Prince qui n’aime rien temps que le consensus général autour de sa pensée, source d’harmonie médiatique et de légitimité politique.

Eviter le syndrome de Cassandre reste ainsi une des lois fondamentale d’un service de renseignement qui a le vent en poupe. De fait, il serait contre-productif et suicidaire pour un directeur général de la sécurité, serviteur de l’Etat en général et du Prince en particulier, de défendre le point de vue de son équipe envers et contre tout.

Il faut bien admettre que l’âge adulte présente quelques revers: il est synonyme de raison et implique par conséquent nombre de concessions voire d’abdications, et ce dans l’intérêt général et des ambitions de chacun. Car si le Prince se montre capricieux, la survie du service dépend de sa capacité à le conseiller sans lui déplaire au risque d’entrer en disgrâce, et il ne faut jamais négliger le fait que la culture française du pouvoir est encore largement d’essence monarchique.

Il s’ensuit un phénomène de filtration hiérarchique au sein des services, lequel peut aller jusqu’à l’autocensure. Comme je l’ai décrit dans mon ouvrage « De l’espionnage au renseignement, la France à l’âge de l’information » (Vuibert, 2012), la bureaucratie du renseignement se prête parfaitement à la « stratégie du blanco ». Elle consiste, pour chaque responsable d’un échelon hiérarchique, à modifier une phrase, caviarder ou supprimer un paragraphe, voire inverser carrément le sens d’un propos. Chacun espère ainsi soit satisfaire son propre ego, soi satisfaire son supérieur jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. A noter qu’on rencontre désormais ce phénomène dans la presse, ce qui n’est pas rassurant du point de vue du pluralisme de l’information.

Quand le Prince instrumentalise le renseignement

On l’a vu dans l’affaire des armes chimiques en Syrie, le pouvoir exécutif n’a pas hésité à instrumentaliser une synthèse de renseignement émanant de la DGSE, allant jusqu’à remanier un document original pour le rendre plus conforme aux objectifs de communication qui, pour le coup, pouvait être qualifiée de propagande. On a observé la même chose aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, où l’exécutif n’a pas hésité à brandir des synthèses de renseignement préalablement caviardées et tronquées pour justifier l’intervention en Irak, avec les résultats que l’on connaît. Avec le recul, on imagine au passage ce qu’aurait donné une intervention militaire en Syrie. A l’image de la Libye et de l’Irak, le pouvoir syrien se serait effondré au profit de l’avènement du califat au Levant... Le fait est que le soutien français aux rebelles syriens de tous poils a largement favorisé l’implantation de l’Etat islamique en Irak et au Levant. Dire qu’on a même failli les armer...

L’instrumentalisation du renseignement relève, n’hésitons pas à le dire, de la forfaiture. C’est la raison pour laquelle il faut dénoncer systématiquement la perversion et la corruption de cet outil de puissance. Il n’existe malheureusement pas de tribunal pour juger les dirigeants qui, tels Georges W. Bush et Tony Blair, ont menti à la face de monde au prix de centaines de milliers de vies humaines. Ce que l’on sait en revanche, c’est que la sanction tombe sur les services de renseignement qui mettent des années à se remettre de leur instrumentalisation criminelle.

Un problème sans solution

Comme on peut le constater, la maturité du système français de renseignement engendre de nouvelles problématiques. Si la jeunesse des services a été marquée par l’esprit d’aventure et l’indiscipline qui faisait son charme, leur mise à niveau technocratique conduit à une intégration politique forte, avec pour conséquence une corruption de leur tissu culturel et une adaptation aux contraintes du Prince.

La question se pose alors : est-il préférable de dédaigner un service qui produit des informations jugées trop brutes, ou convient-il de le gérer selon les codes politico-administratifs de telle sorte qu’il soit écouté par le Prince ? Tel est l’enjeu pour les directeurs de la DGSE et de la DGSI. On peut certes le déplorer, mais il en est ainsi dans toutes les administrations. Au demeurant, ils ne peuvent être tenus pour responsables d’une telle situation. C’est au système politique de réfléchir à cette épineuse question.

Du point de vue du Prince, la réponse est loin d’être évidente car en définitive, usage et mésusage du renseignement sont les deux faces d’une même pièce dont on aimerait parfois qu’elle tombe sur la tranche...

 

 

 

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Crash du vol AH5017 : l’hypothèse de l’attentat

La catastrophe du vol AH5017 a fait l’objet d’une gestion médiatique directement au plus haut niveau de l’Etat, avec un effet de dramatisation poussé allant jusqu’à la mise en berne des drapeaux de la République. Cette précipitation de l’exécutif à prendre en main ce crash peut s’expliquer par une tendance de plus en plus marquée à instrumentalisation des catastrophes à des fins politiques. Néanmoins, dans ce cas précis, on peut s’interroger sur les motivations d’un tel empressement. D’emblée, la thèse de l’accident est celle qui a prévalu, même si, selon le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, aucune hypothèse n’est écartée. Pour autant, les médias n’avancent pas l’hypothèse d’un attentat, arguant d’emblée, à grand renfort d’experts, que la concentration des débris exclut une explosion en vol. Certes, mais quid du scénario type UA93 où l’appareil détourné par les pirates de l’air, s’écrase violemment en Pennsylvanie ?

 

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Selon les informations disponibles, l’appareil aurait chuté verticalement de 10 000 m en 3 minutes. Cela correspond à la chute libre d’un aéronef intègre. La zone de crash est très concentrée, on note la présence d’un cratère, la carlingue et les corps ont été pulvérisés, signes d’un impact à vitesse très élevée.

En l’état, deux hypothèses fortes émergent clairement. En effet, il semble acquis que l’appareil a fait une chute verticale depuis sont niveau de croisière jusqu’à l’impact au sol. Dans cette configuration où il n’y a pas de vol plané ni d’éparpillement aérien de débris, la panne moteur et l’explosion en vol sont a priori exclues. Reste donc deux options :

- la première hypothèse est celle d’une perte de contrôle de l’appareil due soit à un décrochage non contrôlé (scénario type AF447 du 01/06/2009), soit à une avarie des commandes de vol (scénario type AA261 le 30/01/2000), soit à une mauvaise gestion du système de vol en conditions météo dégradées (scénario type WC708 du 16/08/2005). Cet ensemble de scénarios est appuyé par les conditions météos ainsi que par les conversations qui auraient été relevées avec le contrôle aérien (les pilotes auraient demandé à faire demi-tour). Toutefois, on peut s’étonner que les pilotes n’aient pas envoyé un signal de détresse, bien qu’on ne puisse exclure une absence de réaction due à la panique ou à une surcharge cognitive de l’équipage.

- La seconde hypothèse est celle d’une prise de contrôle par des pirates de l’air avec deux scénarios : celui du type UA93 où une bagarre se termine par la chute de l’appareil, soit un acte délibéré envoyant l’appareil au sol. Il est clair que le lieu du crash (le Mali) est symbolique et qu’un attentat dans cette région est très probable compte tenu d’une part, de l’opération Serval (désormais Barkhane) et d’autre part, de la résurgence des mouvements terroristes (MUJAO, AQMI, Ansar Dine) ou de leur consolidation (Boko Haram). Cette hypothèse est d’autant plus plausible que la sécurité de l’aéroport de Ouagadougou est notoirement déficiente. Elle est toutefois fragilisée par l’absence de revendication que n’auraient pas manqué de clamer les djihadistes régionaux.

Il est évident que pour des raisons stratégiques, le gouvernement français n’a aucun intérêt à ce que la piste de l’attentat soit mise en avant. Ce serait la démonstration que Serval n’a pas permis d’enrayer le risque terroriste venant du Sahel, bien au contraire. Sous cet angle, on comprend mieux l’empressement de l’exécutif français à gérer la communication sur cette catastrophe, au risque toutefois d’alimenter les théories conspirationnistes. Car si par malheur l’enregistreur de conversations de bord ne livrait pas des données explicites, il se pourrait bien que le vol AH5017 se transforme en épisode d’X-Files, où la raison d’Etat aurait raison de l’intégrité du Bureau enquêtes accidents. Affaire à suivre donc, d’autant qu’il n’est pas exclu qu’une revendication opportuniste, même tardive, vienne relancer la machine médiatique.

 

 

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Loi Anti-jihad : quand le remède couvre le diagnostic

Le projet de loi anti-jihad qu’a présenté le ministre de l’intérieur mercredi vise à renforcer la législation anti-terroriste. Ce projet, réclamé par les services de sécurité et les juges anti-terroristes, vise notamment le risque de prolifération des « loups solitaires », qu’incarnent de manière encore confuse, les figures de Khalid Kalkal, Mohamed Merah et Mehdi Nemmouche. Analyse critique d’un débat qui n’a pas eu lieu...

 

L’annonce quotidienne de nouveaux départ de musulmans radicalisés vers les terres de jihad est un phénomène qui a de quoi donner des sueurs froides aux services de sécurité. En effet, leur préoccupation, depuis quelques mois, est de savoir comment anticiper la menace potentielle que représentent ces jihadistes à leur retour en France. Telle est  en tout cas la problématique posée par les services de sécurité et leur ministre de tutelle, appuyés par les juges antiterroristes.

 

Critique du diagnostic

En France, on a l’habitude de prendre des mesures sans avoir sérieusement diagnostiqué les problèmes, leur portée et leurs limites. Pression politico-médiatique oblige, il faut « prendre des mesures », ne serait-ce que pour envoyer un signal positif à la nation. Ce faisant, le problème prend de facto une dimension nationale à caractère anxiogène, justifiant à posteriori, telle une prophétie auto-réalisatrice, les mesures sécuritaires adoptées. Il faut croire que les leçons du passé ne sont pas tirées par nos édiles. En matière de terrorisme, l’exemple d’« Al Qaeda » est pourtant éclairant. Inventée par les Américains pour catégoriser simplement la menace Ben Laden, cette marque a servi de franchise aux « jihado-terroristes » et « islamo-trafiquants » de tous poils. Autour d’un simple mot s’est ainsi cristallisé un concept (terrorisme islamique vs guerre globale contre la terreur) et structurée une nébuleuse. C’est un bel exemple de ce qu’on appelle l’hyperréalité.

L’invention du concept de « loup solitaire », relève en partie de la même logique. Le modèle que construisent actuellement les services et juridictions spécialisés est une hypothèse,  certes convaincante, mais qu’il conviendrait d’étayer à partir de données fiables et surtout plus substantielles. L’échantillon sur lequel repose la théorie du « loup solitaire » n’est en effet sociologiquement pas suffisant, loin s’en faut.

En clair, les cas de Kelkal, Merah et Nemmouche suffiraient à construire un modèle de menace alors même qu’ils sont très différents. En ne retenant que leurs points communs, le risque de caricature est évident : parcours de banlieue, petite délinquance, prison, islamisation, radicalisation, jihad (bien que les trois n’y soient pas allé), retour et transformation en « loup solitaire »... Même si l’on ajoute à ce trio les membres du gang de Roubaix, cela fait a priori un peu léger pour construire un arsenal juridique idoine.

Au demeurant, la publicité faite à ces mesures et surtout, aux personnages en question (le terme « personnages » suggérant la part de storytelling sur lequel repose cette théorie), du fait de la distorsion statistique qu’elle entretient (effet loupe), devient elle-même une incitation pour des citoyens en rupture avec le système... Par temps de crise socioéconomique, cela n’est pas sans risque.

Le problème, c’est qu’en dehors de tout débat scientifique, lorsque les acteurs sociaux posent eux-mêmes la problématique et discutent des solutions, il est courant d’éluder la contradiction épistémologique en invoquant un postulat par généralisation. Une fois médiatisé, maintes fois ressassé et soutenu par les marchands de peur, le pseudo-diagnostic devient une vérité collective appelant le remède miracle.

 

Critique du remède

Sur la forme, le projet de loi propose reflète évidemment la théorie du « loup solitaire », avec cinq mesures clés : la création d'une interdiction administrative de sortie du territoire, la création de la notion d'"entreprise individuelle terroriste", le blocage de l'accès aux sites de propagande et la pénalisation plus poussée de l'apologie du terrorisme, enfin la possibilité de perquisitionner les « clouds » et d’écouter les conversations sur Skype.

A noter que la mesure de pénalisation de l’accès aux sites jihadistes n’a pas été retenue. A l’évidence, elle n’aurait pas survécu à l’examen du conseil constitutionnel non plus d’ailleurs qu’à ce lui de la cour européenne des droits de l’homme.

A supposer bien sûr que la théorie du « loup solitaire » soit la bonne, ce qu’a fortiori on espère désormais pour ne plus avoir à perdre du temps, et qu’elles ne soient pas retoquées par le Conseil constitutionnel, ces mesures peuvent-elles être efficaces ?

Sur l’interdiction administrative de sortie du territoire, la confiscation du passeport paraît intéressante bien qu’elle n’arrêtera pas les plus décidés, favorisant même le business des faux papiers. La question de savoir sur quelles bases s’appuieront les services spécialisés pour qualifier un « candidat au jihad » est sans doute la plus simple à régler en accord avec les juges d’instruction. En revanche, l’empêchement des personnes suspectes dans les ports ou les aéroports sera vite assimilée au délit de sale gueule et contribuera à la victimisation des candidats au jihad. N’oublions pas au passage que, s’agissant de la Syrie, l’argument de légitimité a été fourni par les discours anti-Assad de nos édiles politiques et philosophes médiatiques. En outre, cette mesure ne manquera pas d’exacerber l’argument populiste d’un éventuel empêchement au retour voire de la perte de la nationalité des intéressés, sachant que cette dernière déborderait vite du seul cadre arabo-musulman...

La notion d’entreprise individuelle traduit bien la théorie du « loup solitaire ». Même si on la considère comme une simple hypothèse, elle vient renforcer positivement la législation. En ce sens, cette mesure est cohérente, même si, en réalité, les cas de Kalkal et Merah n’en relèvent pas, le premier ayant appartenu à un réseau, le second ayant évolué dans un environnement dont il reste à définir le rôle et l’influence. Nemmouche, rappelons-le, est encore présumé innocent, même si tout laisse penser le contraire.

Le blocage de l’accès aux sites internet est une question qui est débattue depuis quelques années. Certes, les opérateurs peuvent techniquement interdire l’accès aux sites, comme c’est le cas en Chine ou en Iran. S’il faut avoir un certain courage politique pour supporter la comparaison, ce dont on peut douter s’agissant des libertés fondamentales, il faut en outre convenir d’une définition juridique précise, laquelle relève a priori de l’Union européenne et de la cour de justice européenne. On imagine d’ici l’usine à gaz que cela représenterait si d’aventure, la machine technocratique de Bruxelles se saisissait de l’affaire. De fait, cette mesure ressemble plus à un argument de communication qu’à un moyen de stopper le phénomène.

La pénalisation de l’apologie au terrorisme se heurtera rapidement au problème de la définition même du terrorisme. Le jihad est-il une démarche terroriste, un engagement à défendre une cause (certains n’hésitent pas à comparer le départ en Syrie aux brigades internationales), une forme de résistance ? Les actes de terreur commis en Syrie et en Irak sont-ils assimilables au terrorisme ou aux crimes de guerre ou contre l’humanité? Là encore, on pressent le problème que pose une définition sur laquelle personne ne s’accorde...

Enfin, la possibilité d’investiguer dans le cyberespace semble couler de source. Dans ce domaine, les écoutes sont indispensables pour ne pas dire vitales, même si cela doit émouvoir les défenseurs des libertés individuelles. A l’heure où tout le monde raconte sa vie dans un blog, expose au grand jour son intimité sur Facebook et ses opinions sur Tweeter, l’idée d’être écouté par les services de renseignement n’est pas choquante, surtout lorsqu’elle est validée par les juges. Il existe toutefois un risque de dérapage inhérent aux enquêtes administratives, comme le montre l’affaire Coupa-Tarnac. D’une manière générale, c’est sans doute au niveau de la méthodologie qu’il faudrait évoluer pour éviter des dérapages que personne ne souhaite. Car ces dérapages sont à l’évidence des erreurs d’exploitation du renseignement.

Ainsi, le développement des interceptions et du champ d’investigation (le cyberespace), et plus généralement des moyens de renseignement mis en œuvre, doit être accompagné d’une réflexion épistémologique sur le renseignement lui-même, lequel n’a pas vraiment évolué depuis un siècle. Sans doute faudra-t-il notamment développer les capacités d’analyse de la DGSI en ayant à cœur de sortir d’une culture policière dominante au profit d’une culture transdisciplinaire qui permettra l’analyse complexe des phénomènes actuels ou émergents.

Finalement, à la question de savoir si ce projet de loi est adapté et sera efficace, la réponse semble désormais évidente : tout dépendra de la validité du modèle théorique retenu et de la finesse juridique et technique des textes d’application. 

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Faut-il supprimer les moyens informatiques offensifs de la DGSE ?

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Le rapport sénatorial que j’ai évoqué dans mon précédent billet* souligne également la nécessité de transférer les capacités informatiques offensives de la DGSE au profit d’un commandement interarmées des opérations numériques.

En quoi consistent les opérations numériques ?

La définition que nos sénateurs donnent des opérations numériques est assez vaste et comprend un volet renseignement (le pillage) et un volet action (sabotage) à vocation déstabilisatrice.

Ils précisent qu’elles sont relativement peu onéreuses et offrent une gamme très étendue d’effets : prise de contrôle, paralysie des processus de décisions, corruption, contrôle insidieux des données, manipulation politique, chantages… Elles permettent également une  gradation des effets : coup de semonce, paralysie partielle, paralysie totale etc., les sénateurs évoquant même la lutte contre les drones.

En bref, ces opérations sont de nature stratégique et changent le cours de la guerre. Dans un schéma explicatif, ils situent les opérations numériques entre les opérations spéciales et les opérations clandestines. Ils précisent au passage que les opérations numériques permettent avec les mêmes moyens, d’agir indifféremment de façon « spéciale » ou « clandestine », estompantainsi la frontière entre les deux types d’opérations.

Un opérateur unique

Selon les rapporteurs, la DGSE est actuellement le seul organisme français capable de mener des opérations numériques d’envergure. Ils estiment dès lors que « le fait que le gros des moyens techniques soit concentré au sein de la DGSE soulève des questions, en particulier sur la chaîne de commandement. L’action numérique impose en effet une coordination poussée entre les forces clandestines et l’état-major des armées et doit être pensée comme une action militaire, au même titre que les opérations spéciales. »

Dès lors, ils proposent de s’interroger sur l’utilité que pourrait avoir la création d’un commandement interarmées des opérations numériques.

Un risque de confusion doctrinale

Ce questionnement n’est certes pas dénué d’intérêt au plan conceptuel. Cependant, il s’intègre dans un contexte spécifique, celui de la réduction des budgets de défense. C’est donc à ce titre, autrement dit à défaut de moyens, qu’ils poussent leur raisonnement. C’est là je pense, que le bât blesse, car à vouloir réduire la peau de chagrin au point de confondre le spécial et le clandestin, on risque fort de commettre une erreur de doctrine. Pour faire simple, on n’imagine pas que les conflits dans lesquels sont impliqués nos forces armées appellent des opérations de nature gouvernementale, comme par exemple le sabotage du système informatique d’un Etat. Cette activité, par nature très particulière et aux implications dépassant largement le domaine militaire, ne peut relever des forces armées. Seule la DGSE a vocation à conduire des opérations de ce niveau. Il y a par conséquent un risque énorme de confusion entre des opérations militaires et des opérations gouvernementales.

Une capacité facile à atteindre et quasiment gratuite

En outre, on peut se demander si les rapporteurs n’entretiennent pas une certaine confusion au sujet des moyens informatiques, et notamment cryptologiques de la DGSE. Si tel est le cas, cela explique le questionnement budgétaire de nos édiles. En revanche, s’il s’agit uniquement de pénétration informatique, cela ne nécessite pas de moyens particuliers, comme le savent tous les hackers. Ainsi, il n’y a aucun obstacle budgétaire à former du personnel militaire à ce type d’activité et à les affecter au sein des unités de guerre électronique. On ne voit donc pas pourquoi nos sénateurs souhaiteraient déshabiller la DGSE de quelques dizaines d’opérateurs pour une économie totalement insignifiante et au risque d’une confusion dangereuse entre moyens et missions.

Tout comme la proposition de transférer une partie des personnels du SA vers le COS, la proposition de mutualiser les moyens numériques offensifs de la DGSE avec l’EMA risque fort de passer à la trappe. Reste que la création d’un commandement interarmées des opérations numériques n’est pas une mauvaise idée, de même que la construction d’un second porte-avions, le renouvellement des appareils de l’aéronavale, des avions ravitailleurs, des véhicules blindés, des équipements des fantassins, et de tant d’autres matériels aujourd’hui obsolètes.

 

* Rapport d'information n°525 sur le renforcement des forces spéciales françaises. Daniel REINERT, Jacques GAUTIER, Gérard LARCHER, 13 mai 2014

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L'avenir du Service Action de la DGSE

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Aujourd’hui je vais évoquer la question de l’avenir du Service Action de la DGSE. Un rapport du Sénat propose en effet de réaffecter certaines unités du légendaire SA au Commandement de opérations spéciales. On peut imaginer le choc culturel que représente cette annonce dans la communauté du renseignement. Pourtant, il pourrait bien s’agir du dernier volet de la réforme du système de renseignement débutée en 2008.  Voici quelques éléments d’analyse.

Un héritage historique

Le service Action c’est avant tout un héritage historique. Né officiellement avec le BCRA, il hérite du savoir faire et des pratiques de la Résistance et du SOE britannique. L’héroïsme de ces hommes et femmes n’est plus à démontrer. A la fin de la guerre, la création des services spéciaux, que décrit très bien Philippe Bernert dans sa biographie de Leroy-Finville, s’accompagne inéluctablement d’une dimension action voulue par les tenants du renseignement offensif, en tête desquels le colonel Fourcault. Ce sera le 11e Choc, créé par des figures légendaires du SDECE comme Morlane, Mautain, Maloubier, Dupas... Il faut relire Erwan Bergot pour comprendre les origines de cette aventure mythique sur lesquelles reposent 70 années d’histoire de l’action clandestine française et qui ont fait du SA un monument à part.

Le déclin des militaires

La civilisation du Service qui fut lancée après l’affaire Greenpeace, marque le déclin inexorable de l’influence des militaires dans la Maison. Le SA n’y échappe pas, même s’il constitue presque un état dans l’état, même si l’aura qu’il dégage l’ancre encore dans la culture de l’institution.

Premier signe de ce déclin, la création du service Mission en 1989 qui semble devoir remplacer le SA dans certains domaines de l’action clandestine. Autre signe de déclin, la technocratisation de la DGSE dont l’héritage culturel se dissout peu à peu dans une bureaucratie moderne qui a pour objectif, énoncé en 1989 par Claude Silberzahn, d’être (enfin) reconnue et intégrée au dispositif décisionnel étatique.

Encore un signe de déclin, Les ouvrages signés par d’anciens membres du SA et notamment Pierre Martinet, montrent bien que le service est sous-exploité, nombre de ses agents préférant rejoindre le secteur privé pour un salaire plus intéressant. De fait, et bien que le SA continue d’opérer militairement sur certains théâtres, il semble que l’essentiel de ses missions se soit recentré sur le contre-terrorisme et la question des otages.

La question délicate du bilan opérationnel du SA

Si l’on a l’habitude de dire que les opérations réussies restent secrètes et que seuls les échecs sont médiatisés, il faut bien dire que la somme des accidents et des échecs imputables au SA a fini par poser question. L’échec de l’opération visant à libérer Denis Alex, bien que relevant des aléas  opérationnels, marque sans doute un tournant dans l’histoire du service. On comprend évidemment la motivation qui a prévalu à cette opération visant la libération d’un confrère. Il en allait de l’honneur du Service. Un succès eut d’ailleurs été digne d’un blockbuster et aurait auréolé le SA d’une réputation toute neuve. Malheureusement, on ne prête qu’aux riches, et cet échec, en dépit du soutien officiel de l’exécutif,  lui vaut sans aucun doute une certaine disgrâce.

"Gloire au COS"

A contrario, le COS accumule les succès militaires et bénéficie, à juste titre, d’une réputation grandissante. Ne dégageant pas ces relents de clandestinité souvent désagréables aux narines des dirigeants, le COS porte l’auréole d’un savoir-faire militaire qualifié de spécial et qui représente parfaitement l’attribut de la puissance personnalisée du Prince. Ces opérations sont  décidée directement au niveau de l’exécutif et représentent le must en matière d’acte guerrier : elles sont fortes, courtes, circonscrites et surtout contrôlables. Tout succès vient directement gonfler l’aura du Prince. L’échec, lui, reste imputable aux aléas des combats et s’efface derrière le cérémonial dramatique des hommages aux soldats morts pour la France. Quelle que soit la situation, les forces spéciales s’inscrivent dans un champ médiatique à succès, ce qu’apprécie évidemment le politique.

Au demeurant, la frontière opérationnelle entre le spécial et le clandestin militaire est devenue bien ténue et ne semble plus justifier la distinction au prix d’un gaspillage budgétaire. Techniquement, la partie militaire des missions du SA pourrait donc être transférée avec armes et bagages au COS. En ce sens, le rapport des sénateurs est réaliste.

Toucher aux fondations?

Reste que le SA est une structure à part entière de la DGSE, avec sa propre culture, ses codes, son histoire, ses héros, ses mythes et son réseau de réservistes. Amputer la DGSE de cette puissante communauté représenterait non pas la fin des services spéciaux mais un changement profond du modèle national de renseignement extérieur. C’est évidemment un choix politique majeur. La nouvelle DGSE deviendrait alors un service de renseignement extérieur très majoritairement civil, associé non plus à l’action militaire mais à l’action diplomatique, à l’image du MI6 britannique. Ce choix n’est pas absurde a priori, mais il nécessite une réflexion en profondeur sur ses implications et ses conséquences. C’est ici, je pense, que le rapport de nos sénateurs trouve ses limites, car ce genre de réflexion nécessite une mise à plat de l’organisation la plus secrète de la République. De fait, il n’est pas certain que nos dirigeants aient vraiment envie ni même intérêt, pour quelques millions d’euros d’économie, à bousculer nos services spéciaux au risque de remuer la vase de notre histoire clandestine.

* Musique Alban Lepsy (http://alban.lepsy.free.fr) 

 

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Choc des civilisations (suite)

NOUVEAU ! Ecoutez cette chronique au format MP3 : Chro_140614 (Musique Alban Lepsy)

Aujourd’hui je voudrais revenir sur mon billet consacré au choc des civilisations et qui a suscité des réactions assez vives.J’ai en effet été pris à parti par une équipe de jeunes chercheurs en géostratégie qui m’ont copieusement accablé de sarcasmes et d’insultes, arguant, tels des inquisiteurs, qu’une « monstrueuse littérature avait méticuleusement démonté la théorie d’Huntington depuis 20 ans». Je suggère à ces jeunes loups en voie de radicalisation scientifique de ne pas se tromper d’ennemi.

Nonobstant, je maintiens que la grille de lecture d’Huntington, bien que controversée et discutable, ne doit pas être jetée aux orties.

Mon article était en l’occurrence une réflexion introductive au phénomène jihadiste dont la théorie d’Huntington me semble bien rendre compte. Il suffit en effet de lire les milliers de tweets émis par une centaine d’entre eux pour se rendre à l’évidence : la civilisation islamique doit s’imposer au monde, en commençant par se purifier elle-même avant de détruire les infidèles occidentaux. Je précise, pour mes censeurs, qu’il ne s’agit pas d’une généralisation de la théorie d’Huntington au monde arabo-musulman, mais bien d’une confrontation de cette théorie à une population identifiée sous le nom de jihadistes.  

On estime ainsi à 350 (chiffre non vérifié) le nombre de jihadistes d’origine française en Syrie, soit un rapport de 1 pour 190 000 habitants. La moitié d’entre eux est susceptible de mourir au combat. Un bon tiers envisagerait de rester sur place pour fonder une famille. Il resterait donc une centaine de personnes susceptibles de revenir en France. Ceux-là sont potentiellement nourris de haine et de revanche civilisationnelle.

Sachant qu’en dépit de la vigilance des services de renseignement, certains poissons peuvent passer à travers les mailles du filet, et sans compter la possibilité pour certains de reprendre une vie normale, on peut estimer à une trentaine le nombre d’individus susceptibles de passer à l’acte sur notre sol dans les trois prochaines années. Cela représente un potentiel de 90 à 240 morts si l’on s’en tient au mode opératoire dit du loup solitaire, et en supposant que le phénomène ne s’amplifie pas d’ici là.

Telle est la menace qui pèse sur notre pays à court et moyen terme.

Certes ces chiffres sont faibles si on veut les comparer à d’autres phénomènes mortels, cependant, la psychologie sociale montre que la barbarie d’un Mohamed Merah a un impact plus important sur l’opinion publique. De fait, l’importation de la violence jihadiste laisse planer l’ombre d’actes insoutenables de nature civilisationnelle comme la décapitation aux cris obsédants d’Allahou Akbar. Elle renvoie à notre propre mémoire et fait ressurgir le spectre de la Terreur. Il y a donc un risque de déstabilisation de notre société et c’est sans doute pour cette raison que le gouvernement fait le choix politique de considérer ces futurs ex-jihadistes comme une menace prioritaire.

C’est à partir de ce postulat qu’il m’a semblé utile de ressortir la grille d’Huntington, parce qu’il me semble, sans que cela soit bien entendu une vérité scientifique, que ce phénomène peut être traité en amont à travers une réflexion sociétale. Ce que je vais dire choquera sûrement beaucoup d’entre vous, mais il me semble qu’on va au jihad de la même manière qu’on va au Front national : par dépit, révolte, frustration, colère, impuissance à réformer un monde qui perd ses repères. Il représente une alternative pour ceux qui ne se sentent plus considérés et dont les valeurs se heurtent quotidiennement au vide et à l’indifférence d’une société sans Dieu, matérialiste, consumériste, pornographique, en un mot : décadente.

J’entends d’ici les réactions : d’un côté, les progressistes (j’arrête de les surnommer bobos bien pensants) crieront à la réaction. De l’autre, les positivistes argueront que cela mérite d’être mesuré, vérifié, validé, enfin tout le blabla habituel des scientifiques planteurs de thermomètres. A cela je réponds qu’on n’a malheureusement pas trois ans devant nous, temps moyen de publication d’un article dans une revue scientifique classée, pour décider de la manière de contrer cette menace et celle de l’extrémisme en général... 

Il faut parfois avoir le courage d’enlever sa blouse et sortir de son laboratoire ou des salles d’archives pour prendre de vrais risques face aux problèmes de la vraie vie. Cela s’appelle faire de la politique et ce n’est évidemment pas une science exacte.

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SoWhat? Un nouveau nom pour ce blog

SoWhat? C'est la question que pose le décideur à ses analystes, parce qu'une analyse ne peut se restreindre à un exercice intellectuel, à une abstraction.

L'analyse est un double engagement, celui de construire une représentation cognitive fiable et opérante, et d'en assumer la responsabilité.

SoWhat? est une invitation expresse à en venir aux faits, à la synthèse, parce que le processus même de l'analyse n'est pas une fin en soi.

SoWhat? c'est aussi et surtout la question qui précède celle que posera immanquablement le décideur à son équipe: And Now What? 

Enfin, pour ajouter au dynamisme de ce blog, je proposerai désormais mes chroniques en podcast au format MP3, plus vivant, et plus pratique puisque vous pouvez l'écouter à volonté et sans lunettes!

En vous remerciant de votre fidélité

Franck Bulinge

 

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Ukraine : une relecture utile du choc des civilisations

SamuSamuel_P__Huntington_(2004_World_Economic_Forum)el P. Huntington et son ouvrage Le choc des civilisations ont été violemment décriés par une cohorte de bobos bien pensants. Vision qualifiée rageusement de néoconservatrice et dont Bush se serait inspiré pour mener ses croisades, la théorie que défend Huntington dès 1993,  marque l’émergence du paradigme civilisationnel comme grille de lecture de la politique internationale.

 

 

Relire Huntington sans a priori

Qui veut bien se donner la peine de lire sans a priori cet ouvrage fondamental, outrepassant la censure bien pensante, trouve des clés de compréhension du monde d’aujourd’hui. J’utilise sciemment le qualificatif « fondamental » car, sans être néoconservateur, il faut admettre que cet ouvrage, traduit en 39 langues, a d’une certaine façon modelé le monde actuel et il sert sans doute encore de livre de chevet (celui qu’on cache de manière inavouable) à nombre de dirigeants politiques. En outre, il éclaire remarquablement notre lecture du monde et pour cause, puisqu’il aura eu l’effet, à travers son interprétation bushienne, d’une prophétie auto-réalisatrice.

Aujourd’hui, quoi qu’on en pense, le choc des civilisations s’impose et engendre des tensions nationales, régionales et internationales particulièrement explosives.

Le paradigme civilisationnel et son interprétation radicale

Huntington, citant Kuhn, rappelle qu’un paradigme est une théorie acceptée par les scientifiques parce qu’elle s’avère la mieux à même d’expliquer les phénomènes observés.

Pour Huntington, le paradigme civilisationnel est « le fait que la culture, les identités culturelles qui, à un niveau grossier, sont des identités de civilisation, déterminent les structures de cohésion, de désintégration et de conflits dans le monde de l’après guerre froide. » Partant de ce principe, il offre une grille de lecture des relations internationales dont il admet qu’elle est volontairement mais nécessairement simplifiée, à l’image d’une cartographie. C’est cette simplification, exploitée de manière bête et méchante par Bush et consort, qui a fait de ce paradigme une théorie maudite. De fait, toute théorie, à l’image de la relativité d’Einstein, peut aussi bien servir les bonnes causes que les mauvaises. Le choix d’attaquer préventivement la menace civilisationnelle que représente le monde arabo-musulman pour l’Occident américain n’est pas prescrit par Huntington. Cette menace n’est d’ailleurs qu’une perception/interprétation dont la traduction stratégique préconisée par Huntington n’est pas l’invasion de l’Irak ou de l’Afghanistan.

L’exemple de l’Ukraine

L’une des caractéristiques essentielles d’un paradigme scientifique est sa capacité à prédire des phénomènes. Voici, par exemple, l’analyse prédictive qu’Huntington fait au sujet de l’Ukraine :

«  A l’inverse (du paradigme étatique), l’approche civilisationnelle met l’accent sur les liens culturels, personnels et historiques qui unissent la Russie et l’Ukraine et le mélange de Russes et d’Ukrainiens qui vivent dans les deux pays. Elle attire l’attention sur la frontière civilisationnelle qui sépare l’Ukraine orthodoxe à l’est de l’Ukraine uniate à l’Ouest. Mearsheimer, conformément à la théorie « réaliste » de l’Etat en tant qu’entité unifiée et séparée, néglige totalement cette donnée historique ancienne. Tandis que l’approche étatique évoque la possibilité d’une guerre russo-ukrainienne, l’approche civilisationnelle montre qu’elle est peu vraisemblable. Au lieu de cela, il est possible que l’Ukraine se divise en deux. Les facteurs culturels qui expliquent cette éventuelle séparation conduisent à prédire qu’elle serait plus violente que celle qu’a connue la Tchécoslovaquie, mais moins sanglante que l’éclatement de la Yougoslavie. »

A ce stade de la lecture, on peut dire qu’Huntington avait raison et qu’il faut bien envisager la situation ukrainienne en termes de civilisations. Lisons la suite :

«  Ces différentes prédictions, à leur tour, induisent différentes priorités politiques. Les prédictions de Mearsheimer quant à une possible guerre de conquête de l’Ukraine par la Russie le conduisent à approuver le fait que l’Ukraine dispose d’armes atomiques. L’approche civilisationnelle, quant à elle, inciterait plutôt à favoriser la coopération entre les deux pays, à pousser l’Ukraine à renoncer aux armes atomiques, à mettre en place une aide économique significative et d’autres mesures permettant de préserver l’unité et l’indépendance de l’Ukraine, et enfin de prévoir un plan d’urgence en cas d’éclatement de l’Ukraine. »

 

Cette analyse n’est pas un simple coup de chance. Mort en 2008, Samuel P. Huntington restera un prophète maudit, mais on aurait tort de se priver d’une grille de lecture qui, débarrassée de son instrumentalisation néoconservatrice, s’avère bien utile pour prévoir les événements politiques, que ce soit le phénomène jihadiste ou les résultats des élections européennes...

 

 

 

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Les services de renseignement face au syndrome Merah

Comme je l’écrivais récemment dans un billet sur la nouvelle DGSI, la focalisation sur le phénomène jihadiste n’est pas un bon signal de communication. Elle laisse entendre en effet que la mission centrale et prioritaire de cette direction générale du renseignement intérieure est de lutter contre ces jeunes soupçonnés d’aller se battre en Syrie aux côtés des islamistes. Si c'était le cas, alors l’affaire Nemnouche marquerait le premier grand échec de ce service et de la politique mise en place par le gouvernement. Pourquoi ? Parce que dans l’imaginaire de nos sociétés démocratiques, le renseignement est paradoxalement symbole d’omniscience et d’omnipotence alors même qu’il ne peut déployer les moyens de surveillance d’un Etat totalitaire, à l’exception notable des Etats-Unis.

De cet échec résulterait une perte immédiate de confiance à l’égard d’un dispositif de renseignement coûteux, agité imprudemment comme un épouvantail politique.

Une fois encore, une fois de trop dirais-je s’agissant d’un domaine réclamant discrétion et humilité, le discours politique a instrumentalisé les services de renseignement et laissé croire, alors même qu’un de leurs anciens patrons est traîné en justice pour une histoire de fadettes téléphoniques,  qu’ils ont la capacité de surveiller chacun d’entre nous, et de préférence les jeunes musulmans ou futurs convertis à l’islam susceptibles, après un passage en prison, de partir en Syrie...

Ce type de discours est comme un défi impossible à relever. Il met une pression inutile sur les services, induisant un risque d’erreurs non négligeable en fabriquant de surcroît un ennemi inflationniste. De 250 jihadistes potentiellement partis en Syrie il y a quinze jours, le chiffre de 750 était avancé ce matin sur France Info. De quoi affoler tout le monde sans aucune base de calcul factuelle.

Il me semble par conséquent qu’un peu de mesure dans le discours politique contribuerait à dédramatiser un phénomène surmédiatisé et par là même, à réduire l’effet démultiplicateur qu’il exerce sur quelques jeunes en mal d’exaltation identitaire.

Il est urgent et important que nos dirigeants acquièrent une meilleure pratique du renseignement, et prennent exemple sur le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, qui fait preuve d’une discrétion exemplaire et d’un remarquable sens des responsabilités dans ce domaine.

Par ailleurs, il serait sans doute utile de réfléchir à au moins trois questions essentielles, de nature sociétale, que posent ces affaires :

- Pourquoi ces jeunes sont-ils tentés par l’aventure jihadiste ?

- Pourquoi la radicalisation observée dans les prisons depuis bientôt dix ans n’a pas encore trouvé de solution ?

- Enfin pourquoi, alors que rien, en Syrie, ne semble prédisposer les jihadistes à s’en prendre aux juifs, l’ennemi désigné étant (pour faire simple) le régime de Bachar el Assad, les ex-jihadistes ou supposés tels s’en prennent-ils prioritairement à la communauté israélite?

Ce genre d’affaire dépasse à l’évidence le seul cadre de la DGSI et de la DGSE, et il serait absurde que ces services assument seuls la responsabilité d’un phénomène social par définition très complexe.

 

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Actualité commentée des services de renseignement. Mars- avril 2014

Dans cette nouvelle rubrique je propose de faire une synthèse régulière de l'activité médiatique concernant les services de renseignement français.

DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure)

Révélations d’Edward Snowden (suite)

- Interpellation de la LDH le 22 avril sur l’accord entre Orange et la DGSE pour l’interception des flux de l’opérateur numérique (1). Elle fait suite aux révélations du journal Le Monde, le 20 mars, sur les pratiques d’espionnage électronique de la DGSE comparables à celles de la NSA (2). L’affaire fait l’objet d’une question écrite au gouvernement par la députée communiste Jacqueline Fraysse (3)

Commentaire : comme il fallait s’y attendre, les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance électronique intérieure des centrales de renseignement touchent également la DGSE qui entretient des liens particuliers avec l’opérateur historique. Faut-il pour autant craindre une dérive liberticide ? A priori non, dans la mesure où les services français n’ont ni la vocation ni les moyens d’espionner Mme Michu. Rappelons qu’en France, il est encore possible de plaisanter dans les avions avec le mot bombe et que notre pays n’a pas déclaré la guerre globale contre la terreur. Néanmoins, il convient de rester vigilant sur l’utilisation possible de cette surveillance à des fins autres que contre-terroristes.

Crise ukrainienne

Passage en mer Noire, le 26 mars, de l’Alizé, navire de soutien aux nageurs de combat de la DGSE (4).

Commentaire : le navire, filmé par les médias turcs, faisait apparemment route vers le port de Varna. En pleine crise ukrainienne, il y a peu de doute que le navire ait été déployé en vue d’opérations liées au problème de la Crimée. Le manque de discrétion de ce passage en plein jour interpelle, à moins qu’il ne s’agisse d’un message ? Les Russes ne manqueront pas de suivre de près ses activités...

Libération des otages

La presse se fait l’écho du rôle de la DGSE dans la libération des otages en Syrie. Des informations filtrent selon lesquelles elle aurait pisté les otages dès leur enlèvement et aurait piloté les négociations sous la Houlette du ministre de la Défense. L’éternelle question de la rançon et du débriefing des otages est traitée avec la patience du sage par Alain Chouet sur France Inter le 17 avril (5).

Le député Jean-Jacques Urvoas, sur son blog, félicite la DGSE au sujet des otages et en profite pour appeler au développement d’une culture française du renseignement (6)

Commentaire : Il serait temps que les médias comprennent que la publicité faite à la question de la rançon encourage le business de la prise d’otages... J'invite M. Urvoas à lire mon ouvrage sur le renseignement (paru en 2012 chez Vuibert) dans lequel je montre que la culture française du renseignement a déjà bien évolué.

Culture justement...

A lire, le billet de Thierry Lefèvre sur Le Spiralweb, rédigé un 1er avril, sur les souvenirs romancés d’un ex-agent de la DGSE (7). Un poisson à déguster avec gourmandise...

No Comment !

 

DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur)

La DCRI s’apprête à devenir la DGSI. Information de l’AFP reprise par le blog LeColonel.net (8). Le 1er mai, la direction centrale du renseignement intérieur créée à l’instigation de Bernard Squarcini, deviendra direction générale de la sécurité intérieure. Alter ego de la DGSE à la défense, elle sera placée directement sous la tutelle du ministre de l’intérieur.

Commentaire : il s’agit dune évolution majeure qui finalise la réforme du renseignement intérieur entreprise en 2008. Un siècle après la création de la Sûreté générale, la France se dote d’une véritable agence de sécurité nationale.

 

DRM (Direction du renseignement militaire)

- Intelligence Online signale une réforme en cours de la DRM suite à des disfonctionnements. Il semblerait que la nouvelle direction opère un recentrage avec les unités de renseignement positionnées au sein des forces.

- Tenue le 23 mai d’un colloque à huis clos sur la veille stratégique (10)

- Lancement du programme CERES (capacité de renseignement électromagnétique spatial) : selon La Tribune, le CNES a avalisé le démarrage du programme de construction de trois satellites ROEM qui seront livrés en 2020 (11).

Commentaire : fidèle à sa tradition, la DRM se montre toujours très dynamique dans la réflexion sur l'évolution de son métier. On se rappelle notamment de l'audacieux questionnement épistémologique lancé en novembre 2010.

- Le bâtiment d’interception de la DRM, le Dupuy de Lôme, aurait également été aperçu dans le Dardanelles en route vers la mer de Marmara, selon le blog Zone militaire (9).

Commentaire : il semble logique que les moyens de renseignement électronique de la DRM aient été affectés à cette zone de crise. A lire justement ce reportage sur les opérateurs DASEM (12)

 

(1) http://www.ldh-france.org/Intrusion-massive-de-la-DGSE-dans.html

(2) http://www.lemonde.fr/international/article/2014/03/20/dgse-orange-des-liaisons-incestueuses_4386264_3210.html

(3) http://www.urvoas.org/2014/04/21/felicitations-a-la-dgse/

(4) http://turkishnavy.net/2014/03/27/french-warship-fs-alize-passed-through-dardanelles/

(5) http://www.franceinter.fr/emission-linvite-de-7h50-alain-chouet

(6) http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-52975QE.htm

(7) http://thierrylefevre-ecrivain.blogspot.fr/2014/04/quand-je-travaillais-pour-la-dgse.html

(8) http://lecolonel.net/beauvau-prepare-le-grand-lifting-du-renseignement/

(9) http://www.opex360.com/2014/04/10/dedie-au-renseignement-le-dupuy-de-lome-il-en-route-vers-la-mer-noire/

(10)             http://www.intelligenceonline.fr/renseignement-d-etat/les-organisations/2014/04/16/la-drm-revient-au-centre-du-jeu,108018620-GRA

(11)             http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/20140331trib000822836/renseignement-spatial-la-france-se-dote-de-tres-grandes-oreilles.html

(12)             http://infos.emploipublic.fr/metiers/les-secteurs-qui-recrutent/militaires-et-civils-les-metiers-de-larmee/metiers-de-larmee-portraits-de-professionnels/jerome-v-informateur-du-renseignement-militaire/apm-73452/

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« De l’espionnage au renseignement, la France à l’âge de l’information »

 

9782311006582Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE:

"Votre travail est sans conteste le plus complet, le plus clair, le plus documenté qu'il m'ait été donné de lire sur le sujet (…) Tout y est, notamment un angle d'approche original, un cheminement du raisonnement lumineux, des démonstrations convaincantes et une compréhension du système "de l'intérieur", ce qui est rarissime."

Rémy Porte, blog Guerres et conflits:

"Une véritable synthèse en 350 pages. Le tour de force de l'auteur est peut-être aussi ici (…) l’esprit de synthèse de l’auteur et son style simple et direct, le choix de rédiger des chapitres courts allant à l’essentiel et la diversité des thèmes abordés permettent, en un nombre limité de pages, de faire un vrai « tour d’horizon » du dossier. Un livre à lire et à conserver comme outil de travail ou de référence."

Lire l’introduction et la table de matières ici.

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28 juin 2014

Baromètre bimestriel du renseignement français. Mai-juin 2014

Le baromètre de mai-juin 2014 fait apparaître une activité médiatique soutenue autour de la communauté française du renseignement. L’ensemble des articles est globalement positif et confirme la bonne réputation des services. Seule la DGSE semble faire l’objet d’une baisse de régime avec l’apparition de signaux plutôt forts qui pose question sur l’éventuelle poursuite de sa démilitarisation au profit de la DRM et du COS.

(Remarques : Revue effectuée par mots-clés sur Google sur la période de référence. Les résultats ne sont pas discriminés, ce qui laisse un peu de place pour un éventuel bruit. Les services sont présentés dans l’ordre d’importance en termes d’effectifs.)

 

DGSE : 140 résultats

Voici, commentés, top6 des résultats de la recherche DGSE du 1er mai au 28 juin.

1) Le rapport du Sénat sur le COS (1), évoquant le transfert d’une partie des moyens du SA et de la cyberguerre vers les armées, soulevé par Jean Guisnel dans Le Point (2).

Analyse : difficile de ne pas s’interroger sur l’intention qui prévaut dans ce rapport. Derrière la logique de réduction budgétaire, il est impossible de ne pas y voir une manœuvre d’appauvrissement de la DGSE au profit de l’EMA par démilitarisation interposée. Reste à savoir qui cette mesure arrangerait le plus : les militaires qui s’en trouveraient renforcés ou/et la DGSE elle-même qui verrait là une occasion de réduire le pouvoir du SA ? Quant au politique, il souhaite-t-il poursuivre la réforme du renseignement et disposer d’un service de renseignement moins porté sur l’action militaire clandestine au profit de la fonction connaissance/anticipation stratégique ?

Reste à savoir quelle attention l’exécutif portera à ce rapport.  Ce qui est sûr, c’est qu’il constitue un signal assez fort qui pourrait faire son chemin. Attention toutefois de bien mesurer les enjeux et conséquences d’une telle révolution (lire mes deux dernières chroniques à ce sujet).

2) Sur Slate.fr, (3) le journaliste geek Jean-Marc Manach, dans le sillage du blog Zone d’Intérêt (billet du 5/9/13) fait une démonstration de « renseignement de sources ouvertes » sur la localisation des stations COMINT de la DGSE et de la DRM à partir des documents administratifs et notamment les appels d’offre des marchés publics. (17000 Likes, 520 tweets, on peut dire que l’article a eu du succès).

3) Bug Brother (4), un blog du journal Lemonde.fr, livre un article particulièrement fouillé sur la relation entre Orange et la DGSE, et plus généralement sur les interceptions des communication numériques en lien avec les services alliés dont le GCHQ. Il évoque enfin l’évolution de la mutualisation des moyens entre les différents services nationaux. (1594 shares sur les réseaux sociaux, 1071 tweets)

Commentaire : ces deux articles montrent que la connaissance globale des structures et méthodes du renseignement technique, autrefois extrêmement protégée, est aujourd’hui plutôt ouverte, sans aller jusqu’à la transparence totale. Si cela présente l’avantage de peser médiatiquement sur le politique qui pourrait « éventuellement être tenté par d’éventuelles dérives, sait-on jamais », la réalité des pratiques reste inaccessible et repose encore sur le contrat de confiance entre l’Etat, les services et les citoyens.

4) Sur DREUZ.info (5), « Organe francophone, chrétien, néoconservateur et pro-israélien », un long article très ambigu de Michel Garroté sur le recrutement à la DGSE et à la DGSI, l’auteur revenant sur la révélation par l’institut MEMRI, régulièrement soupçonné d’être un organe de propagande de la droite israélienne, de la mort au Mali d’agents de la DGSE.

Commentaire : cet article sinueux et pas toujours très cohérent (comme en témoigne le paragraphe insolite et conspirationniste sur le vol 447 d’Air France) est porteur d’un message essentiellement négatif à l’encontre de la DGSE. A lire donc, mais avec un certain recul…

5) Sur le blog de Jean-Dominique Merchet (6), un peu de culture (promotionnelle) avec un billet consacré au roman de Stéphane Gillier, 65-84 (Phébus), retraçant le parcours d’un militaire passé par DGSE. Je m’empresse de le commander pour en faire une note de lecture…

6) Toujours sur le blog « Secret défense » de Merchet, un billet sur l’ouvrage de Jacques Hoggart, patron de la société de sécurité Epée, intitulé « L’Europe est morte à Pristina » (Hugo Doc). Ce qui retient l’attention de Merchet, c’est un passage concernant les positions opposées tenues par le COS (pro-Serbes) et la DGSE (pro-UCK). Si j’étais paranoïaque, je chercherais un rapport entre cette publication et le rapport de nos sénateurs. Il est clair en tout cas qu’on parle beaucoup, et de manière antagonique, de la relation entre le COS et la DGSE…

 

DGSI-ex-DCRI :  176 résultats

La création de la nouvelle direction le 1er mai concentre l’attention des médias (80% des résultats), tandis que l’affaire Nemmouche et la tuerie de Bruxelles mobilise seulement 10% des résultats, et 10% sur divers articles concernant l’activité de la DGSI (Areva, Merah). L’ambiance est donc à la nouveauté et à la promotion de la nouvelle direction qui recrute 430 personnes pour renforcer ses effectifs. Un certain nombre d’articles évoquent le renforcement des moyens d’interceptions des communications, à l’instar de Bug Brother dont l’article a été cité plus haut.

 

DRM : 96 résultats

Activité médiatique en hausse pour la direction du renseignement militaire, en raison notamment du colloque organisé le 23 mai sur le thème de la transformation de la DRM.

RFI s’interroge (7) ainsi sur la place de la DRM dans la communauté française du renseignement, soulignant que la DRM réfléchit à sa transformation dans un contexte d’augmentation de la masse d’information et de réduction budgétaire. Une équation effectivement complexe qu’envisage avec optimisme le nouveau directeur de la DRM qui évoque l’entente cordiale qui règne entre les patrons des différents services.

RFI évoque au passage la création souhaitée par les militaires d’un centre de renseignement géospatial alliant la géographie humaine au renseignement. En clair, il s’agirait de regrouper en une seule entité les moyens humains et techniques de renseignement militaire, dont certains sont encore aux mains de la DGSE. RFI rappelle qu’historiquement la DRM a toujours fait figure de chef d’orchestre en matière d’imagerie alors que la DGSE « possédait l’expertise en matière d’écoutes »… Autre indice d’une forte poussée des militaires aux dépens de la DGSE ? (Voir également l’article de Jean-Marc Manach, cité plus haut, sur les stations d’écoute. Il y révèle la position des DAT.)

Jean-Dominique Merchet, sur son blog Secret défense (8), évoque quant à lui la proposition du général Gomart de créer des « cellules interagences » (acronyme CIA) pour faire face collectivement à la gestion des crises. Chaque CIA serait placée sous la responsabilité d’un service pilote. La DRM semble avoir pris la mesure des nouveaux enjeux méthodologiques liés au changement de paradigme du renseignement que j’évoque depuis dix ans…

Dernière bonne nouvelle, évoqué par La Voix du Nord (9), le futur site de Balard accueillera l’ensemble de la fonction « exploitation » de la DRM. En clair, l’EMA disposera d’un véritable service d’analyse de renseignement d’intérêt militaire.

 

DPSD : 179 résultats

De manière très modeste mais néanmoins très ouverte (9), la DPSD recrute 25 personnes sur des postes opérationnels (ingénieurs SSI, analystes de renseignement) et administratifs. Les fiches de postes sont accessibles sur internet.

Autre point de focalisation médiatique, l’organisation par la DPSD du colloque de Renne, le 22 juin dernier, consacré à l’intelligence économique.

Enfin, un article du site du Mindef consacré à la mission de la DPSD pour les cérémonies du 14 juillet. A l’heure où Dieudonné Mbala Mbala appelle à une action subversive lors du prochain défilé sur les Champs Elysées, il est bon de savoir qu’un service travaille à son bon déroulement.

 

TRACFIN : 172 résultats

L’activité médiatique se concentre essentiellement sur les enquêtes en cours ou à venir visant des personnalités politiques et économiques. L’actualité porte également sur la condamnation d’un ex-agent du service pour avoir divulgué des informations sur son blog au sujet de l’affaire Cahuzac. Il s’agit moins d’articles de fond que d’une rubrique « faits divers » montrant à minima que TRACFIN fait la lessive chez les blanchisseurs…

 

DNRED : 134 résultats

L’actualité du service de renseignement des douanes est naturellement centrée sur la lutte contre le trafic de stupéfiants. La première page de résultat, c’est assez significatif, est celle du site des douanes qui relate majoritairement les saisies et l’arrestation de narcotrafiquants.

 

(1) Rapport d'information n°525 sur le renforcement des forces spéciales françaises. Daniel REINERT, Jacques GAUTIER, Gérard LARCHER, 13 mai 2014

(2) http://www.lepoint.fr/editos-du-point/jean-guisnel/le-senat-veut-priver-la-dgse-d-une-part-importante-de-ses-moyens-11-06-2014-1835082_53.php

(3) http://www.slate.fr/story/86395/dgse-stations-ecoute-carte-espion

(4) http://bugbrother.blog.lemonde.fr/2014/05/20/dgseorange-joue-la-comme-superdupont-oupas/

(5) http://www.dreuz.info/2014/05/espion-mode-demploi-dgsi-et-dgse/

(6) http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/excellent-roman-qui-se-deroule-a-dgse-12433

(7) http://www.rfi.fr/emission/20140601-france-transformation-direction-renseignement-militaire/

(8) http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/renseignement-si-l-on-creait-petites-cia-a-francaise-12793

(9) http://www.defense.gouv.fr/dpsd/breves/recrutement-2014

 

 

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